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	<title>Jean-Guy Rens, Auteur</title>
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		<title>Humeur 11: Israël et la question cachée (réflexion sur la légitimité de l&#8217;État juif)-(2010-06-01)</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Mar 2012 10:58:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Humeur]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>Texte écrit au lendemain du discours prononcé par Barack Obama au Caire. Un premier texte avait été mis en ligne sur le blog de l’article « Ce que Obama n’a pas demandé à Abbas », Le Monde, Paris, 29 mai 2009.1 La formule choc du président des États-Unis Barak Obama dans son discours du Caire [...]</p><p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-11-israel-et-la-question-cachee-reflexion-sur-la-legitimite-de-letat-juif-2010-06-01-2/">Humeur 11: Israël et la question cachée (réflexion sur la légitimité de l&#8217;État juif)-(2010-06-01)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #666666;"><em>Texte écrit au lendemain du discours prononcé par Barack Obama au Caire. Un premier texte avait été mis en ligne sur le blog de l’article « Ce que Obama n’a pas demandé à Abbas », Le Monde, Paris, 29 mai 2009.</em></span><a id="_ftnref1" title="" name="_ftnref1" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn1"></a>1</p>
<p>La formule choc du président des États-Unis Barak Obama dans son discours du Caire le 4 juin 2009 est celle où condamne la colonisation en cours des territoires occupés par Israël à la suite de la guerre préventive menée par Israël en 1967 contre ses voisins arabes eux-mêmes sur un pied de guerre :<span id="more-133"></span></p>
<p><em> « Les États-Unis n&#8217;acceptent pas la légitimité de la continuation des colonies israéliennes. Ces constructions constituent une violation des accords passés et portent préjudice aux efforts de paix. Le moment est venu pour que ces colonies cessent. »</em> <a id="_ftnref2" title="" name="_ftnref2" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn2"></a>2</p>
<p>Si l’on en juge par les réactions à ce discours, tout le monde ou presque est d’accord avec cette mise en demeure. Même le gouvernement israélien, dans son communiqué officiel, fait mine de « coller » à la politique américaine :</p>
<p><em> « Nous partageons l’espoir du président Obama que l’effort américain annonce le début d’une ère nouvelle qui mettra fin au conflit et conduira les Arables à reconnaître Israël comme la patrie du peuple juif, vivant en paix et en sécurité au Moyen-Orient. »</em> <a id="_ftnref3" title="" name="_ftnref3" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn3"></a>3</p>
<p>Cela veut-il dire que la carte politique du Moyen-Orient est sur le point de changer ? Selon nous, il n’en est rien. Pourquoi ? Tout simplement parce que la politique définie par Obama est basée sur une ambiguïté fondamentale. Il a tout à fait raison d’affirmer haut et fort que la colonisation des territoires occupés est illégale et doit cesser. Mais pourquoi interdire aux juifs de faire dans les territoires occupés en 1967 ce qu’ils font en Israël depuis la fin du XIXe siècle ? Les juifs venus d’Europe ou d’ailleurs commencent par coloniser des terres et, une fois qu’ils sont assez nombreux, ils institutionnalisent cette occupation en créant un État.</p>
<p>En effet, Israël a été proclamé comme État en 1948 sur des terres qui avaient patiemment été achetées, année après année, à leurs propriétaires arabes. Ceux-ci vendaient leurs terres comme n’importe quel propriétaire vend sa terre à un nouveau venu – parce qu’il veut déménager, qu’il est trop pauvre pour payer ses impôts ou que la succession veut diviser le patrimoine en plusieurs parts. Or, les acquéreurs juifs n’achetaient pas une terre ou une maison : ils construisaient un pays. À preuve, ceux qui achetaient des biens immobiliers avec l’argent du Foyer national juif (FNJ) ou en hébreu Keren Kayemeth LeIsrael (KKL) avaient interdiction formelle de revendre à des non-juifs.</p>
<p>Aujourd’hui encore, le KKL-FNJ est un des plus grands propriétaires terriens en Israël. Son mandat lui interdit de vendre ses terres puisque celles-ci sont « la propriété perpétuelle du peuple juif ».<a id="_ftnref4" title="" name="_ftnref4" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn4"></a>4 Le KKL-FNJ loue donc ses terres aux juifs seulement à l’exclusion des musulmans (cette clause est contestée depuis des années devant les tribunaux).</p>
<p>Détail révélateur : le site vert écologique de l’organisme affiche le résultat d’un sondage révélant que « plus de 70% de la population juive en Israël s’oppose à l’attribution de terres appartenant au KKL-FNJ à des non-juifs ; tandis que plus de 80% préfèrent définir Israël comme un État juif plutôt que comme l’État de tous ses citoyens. »<a id="_ftnref5" title="" name="_ftnref5" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn5"></a>5</p>
<h2>Qu’est-ce qu’Israël ?</h2>
<p>Dans son discours, le président Obama traite Israël comme un pays « comme un autre ». Or, Israël est un État à part. Pour traiter avec Israël, il faut toujours avoir présent à l’esprit qu’il s’agit d’un pays fondé sur une idéologie : le sionisme. Cette théorie est née au XIXe siècle pour répondre à l’antisémitisme survivant dans les sociétés libérales d’Europe de l’Ouest. Les Juifs occidentaux avaient un temps espéré que le libéralisme laïc inauguré par la Révolution française allait favoriser leur intégration dans une société décléricalisée et supprimer l’antisémitisme. Or, celui-ci continuait.</p>
<table border="1" cellspacing="0" cellpadding="0" align="center">
<tbody>
<tr>
<td valign="top" width="378"><strong><span><em>L’intégration des Juifs en France</em></span></strong><span>Stanislas de Clermont-Tonnerre, député de Paris pour la noblesse, déclara le 23 décembre 1789 à l’Assemblée constituante :<br />
« Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus ; il faut méconnaître leurs juges, ils ne doivent avoir que les nôtres ; il faut refuser la protection légale au maintien des prétendus lois de leur corporation judaïque ; il faut qu’ils ne fassent plus dans l’État ni corps politique, ni ordre ; il faut qu’ils soient individuellement citoyens. »</span></p>
<p align="right"><span><em>« Être juif dans la société française du Moyen-âge à nos jours »<br />
par Béatrice Philippe, Pierre Emmanuel, Annie Kriegel, Daniel Roche,<br />
Éditions Complexe, 1997, 471 pages. Cf. p. 143</em></span></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>L’Affaire Dreyfus qui visait une des communautés les mieux intégrées dans la société occidentale – les Juifs français – a plus fait pour la cristallisation du sionisme que tous les pogroms russes de la même époque qui, pourtant, faisaient des morts par centaines. Dans un sens, l’antisémitisme « mou » d’Europe de l’Ouest était plus désespérant car il signifiait l’échec de l’intégration. Quoiqu’il en soit, dans « L’État juif » publié en 1896, Theodor Herzl estimait que la seule solution pour mettre fin à l’antisémitisme était de créer une patrie juive. L’année suivante, le premier congrès sioniste précisait que le territoire de cette patrie serait la Palestine.</p>
<p>Cette décision s’inscrivait dans le modèle idéologique dominant de l’époque qui alliait le nationalisme au colonialisme. À l’intérieur de l’Europe, le principe des nationalités avait mené à l’unité italienne en 1861 et à celle de l’Allemagne en 1871. À l’extérieur, le colonialisme était non seulement un synonyme de puissance, mais il était aussi considéré comme porteur de progrès, car sensé apporter les Lumières occidentales aux peuples primitifs. La Conférence de Berlin qui divisait l&#8217;Afrique entre les puissances coloniales avait eu lieu en 1885. Ce n’est pas calomnier Herzl et les premiers sionistes que de reconnaître qu’ils étaient nationalistes et colonialistes, comme l’était la majorité des dirigeants occidentaux.</p>
<p>D&#8217;ailleurs, la Palestine était déjà une colonie : c’était une colonie turque. La première démarche du sionisme avait été d&#8217;acheter la Palestine à l&#8217;Empire Ottoman. À partir de la Première Guerre mondiale, les dirigeants sionistes s’étaient tournés vers la Grande-Bretagne qui était devenue la nouvelle puissance tutélaire en Palestine. C’est tout naturellement, qu’Herzl fut porté à raisonner à l’intérieur de ce cadre conceptuel et à promettre que l’État juif « ferait partie d’un système défensif de l’Europe en Asie et constituait un avant-poste de la civilisation. »<a id="_ftnref6" title="" name="_ftnref6" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn6"></a>6</p>
<p align="center"><a href="http://rens.ca/2012/wp-content/uploads/2012/02/israel.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-180" title="israel" src="http://rens.ca/2012/wp-content/uploads/2012/02/israel.png" alt="" width="377" height="485" /></a><br />
La Palestine entre les deux Guerres</p>
<h2>La question cachée</h2>
<p>Il ne s’agit pas ici d’absoudre entièrement Herzl et ses compagnons au nom du relativisme historique : il y avait une minorité anticolonialiste en Europe au XIXe siècle qui dénonçait l’asservissement d’un peuple par un autre. Il y a même eu des sionistes anticolonialistes. Dès 1905, le professeur Yitzhak Epstein identifia ce qu’il appelait « la question cachée » :<br />
« Parmi toutes les questions difficiles liées à la renaissance de notre peuple sur sa terre, il y en a une qui surpasse toutes les autres : la question de notre attitude envers les Arabes. Nous avons oublié un petit détail : il y a dans notre terre bien aimée une nation entière qui a été occupée pendant des centaines d’années et qui n’a jamais pensé à l’abandonner&#8230; »<a id="_ftnref7" title="" name="_ftnref7" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn7"></a>7</p>
<table border="1" cellspacing="0" cellpadding="0" align="center">
<tbody>
<tr>
<td valign="top" width="385"><strong><span>Qui étaient les habitants des Lieux Saints à cette époque ?</span></strong>L’Empire ottoman n’avait pas de statistiques démographiques pour ses différentes provinces, mais on estime qu’avant la guerre de 1914-18, il y avait environ 600 000 Arabes, musulmans et chrétiens confondus, ainsi qu’environ 80 000 Juifs.</p>
<p align="right"><span><em>Peter Mansfield, The Arabs,</em><br />
<em>Penguin Books</em>, <em>London, 1990 (première édition 1976 – notre</em><em> traduction</em><em>)</em></span></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>Sioniste convaincu vivant en Palestine, Epstein condamnait les discussions entre l’Organisation sioniste mondiale et l’Empire ottoman qui ne menaient à rien et préconisait de parler aux Arabes, qui étaient les « véritables propriétaires du pays. » Il estimait que Juifs et Arabes (« ces deux vieux peuples sémites») devaient conclure une charte commune afin de créer un État binational.<a id="_ftnref8" title="" name="_ftnref8" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn8"></a>8 La majorité sioniste rejeta la thèse d’Epstein comme « romantique » et « irréaliste ».</p>
<p>La thèse d’Epstein et le débat qu’elle souleva démontrent clairement que les dirigeants sionistes étaient conscients dès le début de l’existence d’une population indigène en Palestine – comment aurait-il pu en être autrement ? Les Arabes ne sont quand même pas invisibles. Le fameux slogan de la création d’Israël en 1948 (<em>une terre sans peuple pour un peuple sans terre</em>) n’a pas l’excuse de l’ignorance. C’est le raccourci hautain du sionisme qui refuse de considérer les Arabes de Palestine comme un peuple, ou même comme un peuple en devenir.</p>
<p>C’est ainsi que la « vision » de Herzl, erronée mais à la rigueur explicable dans le contexte du XIXe siècle, est devenue un « aveuglement ». La véritable erreur d&#8217;Israël est d’avoir persévéré en 1948 dans l’idéologie coloniale et maintenu en vie une idéologie en perte de vitesse partout ailleurs dans le monde. Qui plus est, le sionisme appartient au colonialisme de la pire espèce : le colonialisme de peuplement. Cela implique que pour faire de la place à l’arrivée continuelle de nouveaux colons, il faut déplacer les habitants traditionnels de Palestine – pour les envoyer où ? Dans l’imaginaire juif, cela importe peu. Les Arabes constituent un grand tout indistinct, capable d’absorber automatiquement leurs frères en déshérence.</p>
<p>On ne peut pas comprendre l’aveuglement de 1948 sans évoquer le génocide dont ont été victimes les Juifs de la part du régime nazi au cours de la deuxième Guerre mondiale. Véritable électrochoc à l’échelle continentale, l’holocauste a tétanisé la pensée juive. Cette communauté qui a fourni une contribution à la pensée occidentale disproportionnée par rapport à sa démographie, a brusquement cessé de raisonner. Les Juifs ont besoin d’un État : tel est devenue l’impératif catégorique de la communauté.</p>
<p>Peu importe que cet État s’établisse sur la terre d’un autre peuple, peu importe la nature de cet État, peu importe la souffrance des autres qui ne sera jamais comparable à la catastrophe massive de l’holocauste. Que valent les petites misères de quelques centaines de milliers de réfugiés arabes face à l’horreur totale, absolue, quasiment métaphysique de six millions de juifs morts ? Chemin faisant, Israël s’engage dans un monologue qui tolère de moins en moins de mise en question et conduit à une pratique arbitraire de plus en plus dangereuse de la raison d’État.</p>
<h2>Un pays basé sur 2000 ans d’espoir</h2>
<p>Au terme de cette brève évocation du caractère spécifique de l’État d’Israël, nous sommes ramenés au paradoxe contenu dans le discours du Caire de Barack Obama. Il est évident que le président américain a mis le doigt sur la question clé du Moyen-Orient : la colonisation persistante des territoires occupés.</p>
<p>En avalisant l’installation d’un État juif en Palestine sous le prétexte qu’il s’agit d’une terre historiquement ou religieusement juive, la communauté internationale lui accorde ce qu’elle a refusé aux Serbes au Kosovo. Les Serbes prétendaient que le Kosovo était le berceau historique de la Serbie et que cette province devait, par conséquent, demeurer sous leur souveraineté, quelque soit la composition actuelle de la population (majorité non serbe). L’ONU a balayé cette argumentation du revers de la main. Mais que font d’autre les Israéliens en Palestine quand ils disent en toute bonne conscience :<br />
« Sur quoi base-t-on la présence juive à Jérusalem? Sur 2000 ans d&#8217;espoir de retour à Jérusalem exprimé par la célèbre phrase <strong>: </strong><strong><em>l&#8217;année prochaine à Jérusalem&#8230;</em></strong> »<a id="_ftnref9" title="" name="_ftnref9" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn9"></a>9</p>
<p>Il est évident que pour les croyants, la prière crée un lien en matière de sacré, mais elle ne saurait en aucun cas créer un lien de droit sur la scène internationale. D’ailleurs, en Israël même, de nombreux individus d’origine juive ont perdu la foi. Or, ces « Juifs culturels » demeurent pourtant citoyens d’un pays fondé sur la religion… Non, il ne suffit pas de prier même pendant 2000 ans pour créer un droit. En aucun cas, Israël ne peut invoquer les siècles de prières passées pour nier toute aspiration nationale à des gens qui ont vécu sur la terre de Palestine tout ce temps-là.</p>
<p>Et qu’on ne vienne pas nous dire que les Palestiniens qui ont fui la guerre de 1948 ont choisi de céder leurs terres. Est-ce que les longues files de réfugiés sur les routes de France en 1940 signifiaient que les habitants du nord de la France, de Belgique ou des Pays-Bas, faisaient un choix qui les privait de leurs droits nationaux ? Ce n’est pas sérieux. On a aussi invoqué les messages de dirigeants arabes qui auraient incité la population palestinienne à fuir. Quand bien même certaines stations de radio auraient diffusé de la propagande, des rumeurs et des nouvelles mensongères en 1948, peut-on blâmer une population civile d’avoir pris peur et fui les combats ?</p>
<p>Les Juifs qui sont arrivés en Palestine depuis la création de l’Organisation sioniste mondiale en 1897, ne sont pas les héritiers naturels des Juifs qui vivaient en Judée avant d’en être expulsés par Hadrien au lendemain de la révolte de Bar-Kokhba (132-135). Le seul lien qui rattache un Juif d’aujourd’hui à ceux de l’Antiquité est la foi religieuse. En effet, d’un point de vue de pure filiation, il serait présomptueux de penser que les Juifs actuels soient les descendants génétiquement directs de ceux qui vivaient au IIe siècle.</p>
<p>Au fil des siècles, les familles juives ont subi de multiples métissages qui expliquent la diversité des « types juifs » que l’on rencontre aujourd’hui (quel rapport entre un Juif marocain et un Juif britannique ou polonais ?). D’ailleurs, il y a au moins autant de Juifs convertis au christianisme dans les premiers siècles, que de Juifs demeurés fidèles à la religion mosaïque. La théorie des races pures a fait assez de dégâts pour qu’on s’abstienne d’essayer de la réhabiliter en catimini.</p>
<p>Il faut admettre que les Palestiniens sont les habitants légitimes et légaux de la Palestine et que ces Palestiniens sont composés d’une majorité de musulmans, d’une forte minorité de chrétiens et d’une petite minorité de Juifs présents en Israël de tout temps (en tout cas, présents en Israël avant le mouvement de colonisation déclenché par le sionisme à partir de 1897). Il ne suffit pas d’invoquer une mythologie, même riche de sens et de sagesse, pour créer un lien légitime entre une communauté de croyants et une terre.</p>
<h2>Pour que la paix soit au Moyen-Orient</h2>
<p>Toute paix au Moyen-Orient passe par la restitution des terres confisquées par Israël aux Palestiniens et la reconnaissance des droits de ceux-ci à la souveraineté. Les Juifs qui le souhaitent pourront évidemment demeurer en Palestine, si nécessaire avec protection internationale, mais sans privilèges à caractère religieux ou autre. La terminologie utilisée pour caractériser Israël comme État juif ou État hébreu doit disparaître pour que tout le monde ait le droit de vivre sur cette terre, à commencer par les Arabes musulmans, chrétiens ou agnostiques.</p>
<p>Le futur État palestinien verra le jour avec tous ses habitants légitimes, n’en doutons pas, même si son établissement doit prendre cinq ans, dix ans, cinquante ans, voire un siècle. La place que les juifs d’Israël actuels auront (ou n’auront pas) dans cet État palestinien dépend d’eux seuls. S’ils organisent une passation des pouvoirs pacifique et démocratique comme ont su le faire les blancs d’Afrique du Sud par le référendum de 1992, ils seront en mesure de négocier une place honorable au sein du nouvel État.</p>
<p>À défaut de quoi, ils devront s’expatrier comme les Français d’Algérie à l’issue de la guerre désastreuse menée par l’armée française dans ce pays. Or, la fuite des Israéliens en cas de renversement brutal de leur pouvoir par des Palestiniens inévitablement assoiffés de revanche risque bien d’être infiniment plus chaotique que celle des Pieds-Noirs en 1962. Il s’agira d’un sauve-qui-peut sanglant dans un environnement hostile et peut-être même radioactif, puisque l’État d’Israël a poussé l’inconscience jusqu’à nucléariser la région.</p>
<p>La dernière chance des Israéliens réside dans la consolidation d’une opposition mondiale massive à leur projet dangereux et à l’émergence d’un Frederik Willem de Klerk qui n’a pas eu besoin d’être un grand visionnaire, pas même un humaniste, pour faire preuve de réalisme. N’oublions jamais que l’Afrique du Sud aussi était une puissance nucléaire. Nous devons tous nous mobiliser contre Israël pour sauver les Juifs de ce pays d’un nouveau massacre. Dans la mauvaise affaire que font les Israéliens, c’est leur survie qui est en jeu, pas celle des Palestiniens et des Arabes en général. Eux survivront en tout état de cause.</p>
<div>
<div id="ftn1"><a id="_ftn1" title="" name="_ftn1" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref1"></a><strong>[1]</strong>Texte écrit au lendemain du discours prononcé par Barack Obama au Caire. Un premier texte avait été mis en ligne sur le blog de l’article « Ce que Obama n’a pas demandé à Abbas », Le Monde, Paris, 29 mai 2009 – <a href="http://israelpalestine.blog.lemonde.fr/2009/05/29/ce-que-obama-na-pas-demande-a-abbas/" target="_blank">http://israelpalestine.blog.lemonde.fr/2009/05/29/ce-que-obama-na-pas-demande-a-abbas/</a></div>
<div id="ftn2"><a id="_ftn2" title="" name="_ftn2" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref2"></a><strong>[2]</strong>Site du gouvernement des États-Unis, version française, section « International » &#8211; <a href="http://www.america.gov/st/peacesec-french/2009/June/20090604162956eaifas0.5829126.html?CP.rss=true">http://www.america.gov/st/peacesec-french/2009/June/20090604162956eaifas0.5829126.html?CP.rss=true</a></div>
<div id="ftn3"><a id="_ftn3" title="" name="_ftn3" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref3"></a><strong>[3]</strong>Site du Premier ministre d’Israël &#8211; <a href="http://www.pmo.gov.il/PMOEng/Communication/Spokesman/2009/06/spokehope040609.htm">http://www.pmo.gov.il/PMOEng/Communication/Spokesman/2009/06/spokehope040609.htm</a></div>
<div id="ftn4">
<p><a id="_ftn4" title="" name="_ftn4" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref4"></a><strong>[4]</strong>Site du Keren Kayemeth LeIsrael-Jewish National Fund (KKL-JNF) – section « About us», onglet « Jewish People’s Land » &#8211; <a href="http://www.kkl.org.il/kkl/english/main_subject/about_kkl/jewish%20peoples%20land/jewish%20people%20land.x">http://www.kkl.org.il/kkl/english/main_subject/about_kkl/jewish%20peoples%20land/jewish%20people%20land.x</a></p>
</div>
<div id="ftn5">
<p><a id="_ftn5" title="" name="_ftn5" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref5"></a><strong>[5]</strong>Site du Keren Kayemeth LeIsrael-Jewish National Fund (KKL-JNF), idem. Le KKL-JNF se présente comme un organisme dédié à la protection de la nature.</p>
</div>
<div id="ftn6">
<p><a id="_ftn6" title="" name="_ftn6" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref6"></a> <strong>[6]</strong>Walter Laqueur, « Histoire du sionisme », volume 1, Gallimard, 1994 (première édition 1972), cf. p. 150.</p>
</div>
<div id="ftn7">
<p><a id="_ftn7" title="" name="_ftn7" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref7"></a><strong>[7]</strong> Discours d’Yitzhak Epstein au VIIe congrès sioniste (1905) publié deux ans plus tard sous le titre « La question cachée ». Cité par Uriel Abulof, « Ethnonational Communities and Conflicts – Israel and Beyond », Princeton University, <a href="http://www.princeton.edu/%7Elisd/teaching/525_biblio.pdf">http://www.princeton.edu/~lisd/teaching/525_biblio.pdf</a> et présentation de cours, Macomb Community College, Warren, Ml, USA, « Ingredients of Middle East Instability » &#8211; <a href="http://omw.macomb.edu/faculty/crawfordt/Three%20Ingredients%20of%20Middle%20East%20Instabilty%20-%20Arab-Israeli%20Conflict%20I.ppt">http://omw.macomb.edu/faculty/crawfordt/Three%20Ingredients%20of%20Middle%20East%20Instabilty%20-%20Arab-Israeli%20Conflict%20I.ppt</a>.</p>
</div>
<div id="ftn8">
<p><a id="_ftn8" title="" name="_ftn8" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref8"></a><strong>[8]</strong>Discours d’Yitzhak Epstein au VIIe congrès sioniste (1905) publié deux ans plus tard sous le titre « La question cachée ». Cité par Walter Laqueur, idem, cf. p. 319.</p>
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<div id="ftn9">
<p><a id="_ftn9" title="" name="_ftn9" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=22&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref9"></a><strong>[9]</strong> David Hartman, Le débat théologique sur Jérusalem, site de la Jewish Agency for Israel, section Éducation juive et sioniste &#8211; <a href="http://www.jewishagency.org/JewishAgency/French/Jewish+Education/Chlihim/Zo+Chlihut/6/Devar+Tora+6.htm">http://www.jewishagency.org/JewishAgency/French/Jewish+Education/Chlihim/Zo+Chlihut/6/Devar+Tora+6.htm</a></p>
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		<title>Humeur 10: «Tazmamart, Cellule 10» par Ahmed Markouzi, paru aux éditions Paris-Méditerranée, 2000-(2009-05-11)</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Mar 2012 10:57:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p>GOULAG BIS AU MAROCEh bien, non ! On croyait tout savoir du Maroc et de l’état de non-droit qui a prévalu durant le règne du roi Hassan II. Il n’en est rien. Il faut lire le livre du sous-lieutenant Ahmed Marzouki pour avoir une première idée de ce qui est arrivé durant les années terribles [...]</p><p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-10-tazmamart-cellule-10-par-ahmed-markouzi-paru-aux-editions-paris-mediterranee-2000-2009-05-11/">Humeur 10: «Tazmamart, Cellule 10» par Ahmed Markouzi, paru aux éditions Paris-Méditerranée, 2000-(2009-05-11)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></description>
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<p><strong>GOULAG BIS AU MAROC</strong><a href="http://rens.ca/2012/wp-content/uploads/2012/02/tazmamartbis.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-125" title="tazmamartbis" src="http://rens.ca/2012/wp-content/uploads/2012/02/tazmamartbis.jpg" alt="" width="396" height="237" /></a>Eh bien, non ! On croyait tout savoir du Maroc et de l’état de non-droit qui a prévalu durant le règne du roi Hassan II. Il n’en est rien. Il faut lire le livre du sous-lieutenant Ahmed Marzouki pour avoir une première idée de ce qui est arrivé durant les années terribles – après les deux coups d’État militaires de juillet 1971 et d’août 1972. <span id="more-124"></span>Les chefs de la conjuration ont rapidement été exécutés après l’échec des putschs, mais les autres ? Les soldats qui ont obéi aux ordres des conjurés et marché sur Skhirat, les aviateurs et les simples techniciens, mécaniciens et munitionnaires de la base aérienne de Kénitra qui ont eu le malheur d’être là où une poignée de mutins s’apprêtaient à tirer sur le Boeing royal… Ils ont disparu dans la bonne tradition des dictatures sud-américaines. Mais ici, nous sommes au Maroc, aux portes de l’Europe</p>
<p><strong>La chute</strong></p>
<p>Le sous-lieutenant Marzouki a été condamné à quatre ans de prison. Il est resté 20 ans avant de sortir en 1991. Il lui faudra encore neuf ans avant de pouvoir écrire <em>Tazmamart, cellule 10</em>. Mais quel bouquin ! Impossible d’arrêter de tourner la page. C’est fantastique, hallucinant, pathétique et enthousiasmant tout à la fois. La solidarité des emmurés vivants est magnifique. Il y a ce lieutenant Mohamed Lghalou devenu complètement paralysé et au chevet duquel ses amis se relayaient pour le maintenir en vie :</p>
<p>« Lghalou s’était transformé en un amas pourri de sang, de sueur, d’urine et de saletés. Son corps s’était rétréci d’une manière inimaginable et il ressemblait désormais à un gamin de huit ou neuf ans, affublé d’une barbe à moitié blanche qui pendait sur les os apparent s de son thorax affreusement amaigri. Quand Ghalloul et moi lui avons enlevé ses vêtements, la chair est venue avec le tissu, laissant apparaître certains os. L’odeur était tellement pestilentielle que, pourtant habitué au pire, j’ai vomi tout ce que j’avais dans le ventre. »</p>
<p>Malgré ça, il racontait toujours des blagues, il chantait, il riait&#8230; « À l&#8217;entendre, on croyait que c&#8217;était un homme normal, se souvient Marzouki, mais à le voir, c&#8217;était vraiment affreux. » Un des emmurés demande alors à être enfermé avec le lieutenant Lghalou pour le laver, le nourrir et le retourner sur la dalle de pierre qui tient lieu de lit… Il y restera trois ans à secourir le moribond avant de mourir lui-même à la tâche. Il y a des descriptions fabuleuses dont on se souviendra toujours. Les djinns de Mimoune quand il devient fou, les fantômes et les monstres qui apparaissent, en fait, à la plupart des captifs. Qui oubliera ce malheureux grelottant de froid qui demande à aller en enfer parce que là au moins il y a du feu ?</p>
<p>Les prisonniers n’ont pas de médicaments ni de savon. Tout ce qu’ils ont pour se laver est un broc d’eau de cinq litres par jour (y compris pour servir de chasse d’eau au trou dans le sol qui figure les toilettes). À 1 500 mètres d’altitude, Tazmamart gèle en hiver et les corps se recroquevillent, tordus par les rhumatismes ; les muscles atrophiés par l’inaction, notamment au niveau de la ceinture abdominale, provoquent des constipations chroniques, la fièvre devient permanente… Précisons qu’il n’y a pas de sortie pour les prisonniers de Tazmamart, pas d’exercice, ils sont enfermés toute la journée dans une cellule de 3 mètres par deux mètres et demi, sans fenêtre. Ils ne peuvent même pas se rendre visite, se voir. Chacun vieillit seul dans son cachot.</p>
<p><strong>Le bagne</strong></p>
<p>L’été, les cafards pullulent, par terre, sur les murs, au plafond, tout grouille sans cesse, jusqu’à ce qu’ils tombent dans l’eau, dans la nourriture, on les sent craquer sous les dents. Il y en a tellement que les gardiens finissent par être contaminés à leur tour. Ils décident alors de passer toutes les cellules au gaz désinfectant. Les cafards disparaissent, mais les punaises, dont les cafards se régalaient, surgissent pour prendre la relève. Les punaises sucent le peu de sang qui reste aux bagnards. Ceux-ci réagissent en élevant des cafards en cachette pour se débarrasser des punaises.</p>
<p>De guerre lasse, les gardiens donnent du DDT aux prisonniers. Pour certains, c’est le salut. Le DDT devient alors le médicament universel pour soigner les abcès et les plaies qui se multiplient. Comme, il n’y a bien sûr pas de brosse à dent et dentifrice à Tazmamart, les carries et les abcès se multiplient. Les suppliciés collent la joue contre le quart de café chaud qu’on leur sert le matin. Mais le café ne reste pas chaud longtemps. Il faut attendre que la dent soit complètement pourrie pour tirer dessus avec un fil si on en a, sans fil sinon. « L’odeur était putride mais le soulagement était immense », commente Marzouki.</p>
<p>Sur les 58 prisonniers du mini-goulag marocain, 30 sont morts, la plupart du temps seuls (le cas de Lghalou qui avait obtenu une aide est exceptionnel), sans médecin et sans secours d’aucune sorte. Comment ces hommes qui avaient une vingtaine d’années à leur arrivée ont-ils pu tenir si longtemps ? Par la solidarité et une discipline auto-imposée. Communiquant la plupart du temps sans se voir, en utilisant les trous d’aération comme d’un interphone, les emmurés vivants avaient réservé une heure pour la prière, une heure pour la discussion libre, une heure pour le spectacle… Il n’y a pas de livres à Tazmamart, pas même de Coran. Chacun récite donc une sourate qu’il connaît plus ou moins bien et peu à peu le Coran renaît morceau par morceau.</p>
<p>Quant à l’heure du spectacle, c’est la plus attendue de la journée. Les prisonniers racontent un roman ou un film dont ils se souviennent. Malheur à celui qui raconte mal : le public était sans pitié pour les mauvais conteurs. Finalement, deux prisonniers seulement furent acceptés comme artistes officiels : l’aspirant Mohamed Raïss et Mazourki lui-même. Surnommé Bâ Saber, Raïss était spécialisé dans les romans classiques et Mazourki dans les romans égyptiens et les westerns :</p>
<p>&nbsp;</p>
<blockquote><p>« Raïss était un remarquable spécialiste du suspens. Faisant traverser une pièce de trois mètres de long à son héros, il était capable de faire durer la plaisir près de quize minutes. Il a réussi à nous faire vivre hors de la cellule durant quinze jours en nous racontant <em>La Rabouilleuse</em>de Balzac. L’illusion fut telle que le plus jeune d’entre nous, Ahmed Bouida, surnommé Hmida, sympathique et serviable camarade, qui prononçait le s « ch » et le z « g », remarqua à la fin :– Mais Bâ Shaber, la Rabouilleuse du pauvre Baljac est nulle devant la tchienne! »</p></blockquote>
<p><strong>L’espoir</strong></p>
<p>Les bagnards seraient restés à Tazmamart jusqu’à la mort du dernier si l’un d’eux n’avait pas été marié à une Américaine. Comme bien des aviateurs marocains, le lieutenant M’barek Touil avait fait son école de pilotage au Texas. À la différence de la majorité de ses camarades, il était revenu avec une femme nommée Nancy qui s’obstina à ameuter l’opinion publique et les autorités de son pays pour avoir des nouvelles sur ce qui était advenu de son mari. Mazourki observe qu’elle se comporta « en bonne Occidentale bien moins craintive du système que les épouses marocaines des autres détenus. » Elle apprend que son mari est vivant après dix ans d’incertitude quand un détenu réussit enfin à faire sortir une lettre de Tazmamart par un gardien corrompu. Elle alerte Amnesty International qui, au départ, ne veut rien faire parce que la politique de l’organisation est d’avoir confirmation de chaque fait porté à sa connaissance par deux sources indépendantes l’une de l’autre. Or, il n’y a qu’une lettre !</p>
<p>Petit à petit, toutefois, la nouvelle de l’existence du bagne de Tazmamart se répand. L’ambassadeur des États-Unis au Maroc parvient à rencontrer le lieutenant Touil. Amnesty International et un groupe de bienfaiteurs se mobilisent pour dénoncer le scandale de Tazmamart que l’État marocain s’obstine à nier. Gilles Perrault et Christine Serfaty ameutent les médias. Abraham Serfaty, lui-même emprisonné au Maroc, mais dans une prison de « luxe », écrit une lettre ouverte au Roi pour demander la libération de ses frères emmurés vivants. Au nombre de ces militant de la liberté, il faut signaler le nom de Jean-Paul Kauffmann, ce journaliste qui avait été retenu en otage à Beyrouth dans les années 80 – le merveilleux auteur de <em>La chambre noire de Longwood</em>.</p>
<p><strong>La libération</strong></p>
<p>À sa sortie de prison, en septembre 1991, Ahmed Marzouki pesait moins de 50 kilos. Vingt ans plus tôt son poids oscillait entre 75 et 80 kilos. Sa taille est passée de 1,83 mètre à 1,81 mètre. Encore appartient-il au groupe des biens portants : d’autres ont perdu plus de 10 centimètres. Quand la libération arrive, la police continue sur sa lancée à persécuter les survivants, sans raison, parce que la machine bureaucratique est en marche. Interdiction de quitter le Maroc, interdiction de travailler, interdiction de parler à des étrangers… Marzouki est constamment suivi quand il se déplace, la police l’arrête même une nouvelle fois pour l’interroger et le met 36 heures au secret – on devine l’inquiétude de la famille. Il faudra l’intervention personnelle du président Jacques Chirac (rendons-lui hommage pour cet acte désintéressé) auprès des autorités marocaines, pour que cessent les pires des persécutions.</p>
<p>Ainsi, le livre de Mazourki ne s’arrête pas à sa libération. Il démontre le dur chemin de sa résurrection. La cinquantaine passée, il passe son baccalauréat au milieu d’une classe d’adolescents hilares. Il entreprend ensuite des études de droit sous les regards hostiles d’étudiants qui, comble de dérision, le prennent pour un policier en civil… Il faudra attendre la seconde arrestation par la police pour que les étudiants soient enfin convaincus de son « innocence ». Quand Mazourki aura enfin son diplôme en poche, il apprendra sans surprise que le Barreau refuse de l’inscrire au concours d’admission car il avait passé l’âge limite (40 ans). Un autre des survivants de Tazmamart, le sous-lieutenant Driss Chebereq, qui avait passé une licence de littérature française, se voit aussi refuser de présenter le concours de professeur.</p>
<p>Dans les faits, il faudra attendre l’arrivée au pouvoir du roi Mohamed VI en 1999 pour qu’un terme soit mis aux ultimes tracasseries de Mazourki et des ses compagnons d’infortune. Ce livre surprenant sera publié en 2000 avec l’aide d’un journaliste de l’AFP à Rabat, Ignace Dalle, qui a été de tous les combats de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Il a relu les premiers textes que Mazourki avait écrits sur Tazmamart, il l’a incité à en faire un livre et, quand le courage lui faisait défaut, il le faisait parler et enregistrait cette histoire monstrueuse. La préface d’Ignace Dalle démontre l’importance de l’appui donné aux prisonniers politiques : sans ce réseau d’amis à travers le monde, les suppliciés de Tazmamart auraient péri à petit feu puisque, rappelons-le, telle était bien l’intention première des bourreaux. Sans la persévérance de ce groupe d’amis, leur libération aurait été vidée de sens et la plupart d’entre eux aurait été réduit à la clochardisation.</p>
<p>Quand <em>Tazmamart, cellule 10 </em>parait, il obtient un succès foudroyant, d’abord en feuilleton dans le grand journal de gauche <em>Al Ittihad Al Ichtiraki </em>et, ensuite en livre, il devient le best-seller marocain de l’année 2001.</p>
<p><strong>Le livre</strong></p>
<p>L’ouvrage d’Ahmed Marzouki est fondamental. Son écriture simple, que l’on peut trouver maladroite au début tant elle est factuelle, se révèle au fil des pages d’une efficacité redoutable. Justement parce que Marzouki n’est ni un écrivain, ni un journaliste. C’est un militaire autodidacte qui raconte ce qu’il a vécu, comme il l’a vécu, sans chercher à faire du style parce que tel n’est pas son but. Un livre « rédigé » aurait d’ailleurs perdu en « véracité ». N’est-ce pas sa culture militaire qui pousse Marzouki à procéder par listes ? Au début, il donne les noms et les grades des prisonniers en regard du temps de leur peine : trois ans, quatre ans, dix ans, perpétuité… On sait que tout le monde est resté 20 ans, à l’exception de ceux qui sont morts avant. Plus loin, une autre liste, donne les noms des morts avec la cause en quelques mots ou paragraphes : folie, tumeurs, ulcères, paralysie, dysenterie, bronchite chronique et, bien souvent, faiblesse sans nom due à des causes diverses (sous-alimentation, manque d’hygiène, inaction, etc.).</p>
<p>Malgré cette structure rugueuse : ça « marche ». Une fois qu’on a ouvert le livre, on est forcé de tourner la page. Même les listes sont palpitantes d’émotion : elles « parlent » mieux que n’auraient su le faire une démonstration obéissant aux règles de la rhétorique. Marzouki n’a pas besoin de plaider, il lui suffit de dire. D’ailleurs, il ne fait pas le procès du roi ou du régime. Il n’y a nulle trace d’idéologie ou de cause dans ce livre. Quand les emmurés récitent le Coran, ce n’est pas pour défendre l’islamisme, c’est pour survivre. Mohamed Raïss ne raconte pas <em>La Rabouilleuse </em>parce qu’il aime Balzac, mais parce qu’il se souvient l’histoire. <em>Tazmamart, cellule 10 </em>est une ode à la dignité d’un groupe de braves ; il est aussi une ode à la solidarité absolument désintéressée d’un autre groupe d’individus, éparpillés à travers le monde, sans lien entre eux ou avec les victimes, que leur amour commun de la justice.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Autres ouvrages sur Tazmamart </strong></p>
<p>Driss Abou Youssef Reggab, <em>À l&#8217;Ombre de Lalla Chafia</em>, L&#8217;Harmattan, Paris, 1989.</p>
<p>Ali Bourequat, <em>Dix-huit ans de solitude, Tazmamart</em>, Michel Laffont, Paris, 1993.</p>
<p>Abraham Serfaty, Christine Daure, <em>La Mémoire de l’a</em>utre, Stocks, Paris, 1993, Tarik éditions, Casablanca, 2002, 352 p.</p>
<p>Salah El Ouadie, <em>Le Marié</em>, publié en arabe en 1998, traduit de l’arabe par Abdelhadi Drissi, Tarik éditions, Casablanca, 2001, 128 p.</p>
<p>Abdelkrim Zakya daoud, <em>Une épopée d’or et de sang</em>, Séguier, Paris, 1999, 464 p.</p>
<p>Tahar Benjelloun, <em>Cette aveuglante absence de lumière</em>, Seuil, Paris, 2001, 240 p.</p>
<p>Jaouad Mdidech, <em>La Chambre noire ou Derb Moulay Chérif</em>, Eddif, Casablanca, 2002, 254 p.</p>
<p>Mehdi Bennouna, <em>Héros sans gloire, Echec d’une révolution, 1963-1973</em>, Tarik éditions/Paris-Méditerranée, Casablanca, 2002, 376 p.</p>
<p>Rabea Bennouna, <em>Tazmamart, côté femme</em>, Addar Alalamia Lil Kitab, Casablanca, 2003, 160 p.</p>
<p>Khalid Jamaï, 1973, <em>Présumés coupables</em>, Tarik éditions, Casablanca, 2003, 120 p.</p>
<p>Mohamed Raïss, <em>De Skhirat à Tazmamart : retour du bout de l&#8217;e</em>nfer, Afrique-Orient, Casablanca, 2003, 391 p.</p>
<p>Abdelhak Serhane, <em>La chienne de Tazmamart</em>, in Nouvelles du Maroc, Paris-Méditerranée, Paris, 1998, rééditée à part dans les éditions Paris-Méditerranée, Paris, 2001, 47 p.</p>
<p>Abdelhak Serhane, Kabazal : <em>Les emmurés de Tazmamart, Mémoires de Salha et Aïda Hachad</em>, Tarik Editions, Coll. Témoignages, Casablanca, 2004, 318 p.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Ou sur d’autres prisons marocaines</strong></p>
<p>Fatna El Bouih, <em>Une femme nommée Rachid</em>, Éditions Le Fennec, Casablanca, 2002, 117 p.</p>
<p>Fatéma Oufkir, <em>Les Jardins du roi : Oufkir, Hassan II et nou</em>s, Michel Lafon, Publisud, Paris, 2000, 308 p.</p>
<p>Malika Oufkir et Michèle Fitoussi, <em>La Prisonnière</em>, Grasset, Paris, 1999, 329 p.</p>
<p>Raouf Oufkir, <em>Les Invités </em>: Vingt ans dans les prisons du Roi, Flammarion, Coll. Documents, Paris, 2003, 518 p.span&gt;</p>
<p>&nbsp;</p>
</div>
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		<title>Humeur 9: Apprendre à décoder le réel à l&#8217;heure du néolibréralisme et de l&#8217;antomondialisme-(2005-12-09)</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Mar 2012 10:56:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p>Montréal, le 9 décembre 2005 Pendant longtemps &#8211; trop longtemps &#8211; les gens de ma génération ont vécu le présent à travers les lunettes déformantes des années 30: on était fasciste ou anticommuniste primaire, bolchevique ou révolutionnaire aux mains tachées de sang (remarquez que les insultes que la &#171;&#160;gauche progressiste&#160;&#187; adressait à la &#171;&#160;droite la [...]</p><p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-9-apprendre-a-decoder-le-reel-a-lheure-du-neolibreralisme-et-de-lantomondialisme-2005-12-09/">Humeur 9: Apprendre à décoder le réel à l&#8217;heure du néolibréralisme et de l&#8217;antomondialisme-(2005-12-09)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #3366ff;">Montréal, le 9 décembre 2005</span></h1>
<p>Pendant longtemps &#8211; trop longtemps &#8211; les gens de ma génération ont vécu le présent à travers les lunettes déformantes des années 30: on était fasciste ou anticommuniste primaire, bolchevique ou révolutionnaire aux mains tachées de sang (remarquez que les insultes que la &laquo;&nbsp;gauche progressiste&nbsp;&raquo; adressait à la &laquo;&nbsp;droite la plus bête au monde&nbsp;&raquo; ont toujours mieux résonné que l&#8217;inverse. Maintenant que ce langage passéiste semble enfin voué à l&#8217;extinction, nous sommes contraints de choisir des mots et des concepts nouveaux.<span id="more-121"></span> Allons-nous assister à un bain de jouvence idéologique avec un jaillissement de pensées inédites? Après tout nous vivons dans un monde ou les clichés sexistes, racistes et économistes ont disparu. Les femmes ont vécu la révolution des sexes en une génération ou deux, le racisme s&#8217;estompe à tel point qu&#8217;il est à son tour devenu une insulte et l&#8217;économie a découvert qu&#8217;il existait des externalités incontournables comme, par exemple, un minimum de justice sociale et la grande question de l&#8217;environnement. Nous avons changé de décor et peu à peu, nous devons changer notre grille d&#8217;interprétation du monde.</p>
<p>Cet aggionamento si attendu ne semble guère réussi à entamer le vieux clivage gauche/droite. La gauche a enfourché le cheval de bataille de l&#8217;anti-mondialisation et de la protection des archaïsmes culturels nationaux, voire régionaux. À l&#8217;inverse, la droite a chaussé les lunettes roses du &laquo;&nbsp;progressisme&nbsp;&raquo; en confiant le destin de monde à la &laquo;&nbsp;main invisible&nbsp;&raquo; du marché. Ce glissement n’augure rien de bon dans la mesure où il est tout aussi réducteur que l’ancien clivage socialisme/capitalisme. La prime de la sottise va sans doute à la gauche masquée dans les oripeaux de l’anti-mondialisation. L’ancien socialisme avait au moins l’universalisme comme clé de voûte : « Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! » C’était peut-être utopique, mais au moins y avait-il une certaine vision prophétique qui faisait voir les choses en grand. Maintenant, la gauche rebaptisée écologique et anti-mondialiste nous chante les vertus du terroir, du lien traditionnel avec la nature et des vertus de l’agriculture locale. Au nom de quoi, l’État évidemment « national » doit subventionner des agriculteurs pour produire des excédents de lait ou de pommes qu’il faudra ensuite détruire ou expédier dans le Tiers-Monde sous prétexte de solidarité avec ceux qui ont faim.</p>
<p>Le néo-libéralisme a peut-être l’air moins ringard, mais pratique une hypocrisie symétriquement égale à celle des anti-mondialistes. La grande cause du néo-libéralisme est la découverte des effets pervers de l’intervention de l’État dans l’économie. Il y a en effet un seuil qui a été allégrement dépassé à partir duquel les meilleurs programmes économiques ou sociaux deviennent contre-productifs et coûtent plus cher à gérer que les défaillances du marché ou les maux sociaux qu’ils sont sensés pallier. Il fallait mettre le holà à l’expansion tous azimuts de l’interventionnisme étatique, ce qui a été fait, mais au nom des mauvaises raisons. Le marché lui-même est une invention sociale qui a besoin de règles et de garde-fous. Oublions un moment les riches complexités de la société qui nous entoure et prenons l’image simple à comprendre du marché traditionnel où le paysan se rend le dimanche matin au bourg le plus proche pour vendre son bétail ou sa récolte. C’était jusqu’à la fin du XIXe siècle, le centre de la vie économique ou sociale. Je dis bien « social » car il ne faut pas oublier que la place du marché était un lieu de rencontre où l’on discutait, rencontrait des gens venus d’ailleurs, échangeait des idées et pas seulement sur le prix des denrées – même si c’était un sujet important de discussion.</p>
<p><strong>Le marché est une création hautement réglementée</strong> Pour nous limiter au caractère proprement économique de ce marché du village, il faut comprendre que le fait de réunir des gens d’horizons les plus divers avec les intérêts les plus opposés (ceux qui veulent acheter au prix le plus bas possible et ceux qui veulent vendre au prix le plus élevé possible) nécessitait un système extrêmement complexe de poids et mesures identiques pour tous, une monnaie d’échange commune, toute une série de règles pour trancher les différends autrement qu’à coups de poignard et, finalement, une forme de force de maintien de l’ordre pour éviter que notre brave paysan ne se fasse détrousser sur le chemin du retour quand il rapportait le fruit d’une saison de labeur à la maison. Quiconque a séjourné en Afrique, en Asie ou en Amérique latine a déjà vu ces espaces ouverts à tous où fourmillent des milliers de personnes chargées de sacs bigarrés : avec quelle passion cherchent-ils à vendre ou à acheter l’objet de leurs convoitises et, surtout, l’intensité de leurs discussions. On assiste à de véritables duels oratoires où chacun défend son point de vue avec une vitalité qui tranche sur le caractère forcément répétitif des gestes du travail quotidien qui prédomine le reste du temps. Le mépris du marché traditionnel par les socialistes a toujours été une grande cause de mystère – pour moi. Marx vivait pourtant dans un siècle où ce type de marchés populaires était la norme dans toutes les villes d’Europe. À notre époque même, comment un homme comme Fidel Castro ne se rend-il pas compte que la fermeture des marchés de quartier ou de villages à Cuba a créé un vide immense que ne comblent pas les supermarchés nationalisés aux étagères parcimonieusement garnies d’objets identiques et aux allées silencieuses que traversent à la va-vite de rares clients pressés ? Il suffit d’une heure d’avion – un saut de puce – pour découvrir les marchés multicolores du Mexique avec leurs foules exultantes de la joie de vendre, acheter, comparer, négocier – bref de vivre intensément.</p>
<p>Faire l’éloge du marché comme le font les néo-libéraux n’implique pas comme conséquence nécessaire l’extinction de l’État ni même sa condamnation. L’État a un rôle essentiel à jouer pour que le marché puisse exister et s’épanouir. Tout d’abord, il est faux de prétendre que le marché produit immanquablement une résultante qui est bénéficiaire à l’intérêt général. Il existe des marchés saisis d’une « exubérance irrationnelle » qui s’emballent et abandonnent toute mesure. Est-ce dans l’intérêt général de vider les fonds de pension à la suite de ces coups de folie qui saisissent périodiquement les acteurs du marché devant des phénomènes qu’ils ne comprennent pas ? Je sais bien que certains casuistes néo-libéraux cherchent à justifier toutes les aberrations au nom de la finalité lointaine d’une rationalité optimiste. L’engouement des années 90 pour les « dot.com » aurait permis d’accélérer le déploiement des infrastructures à large bande passante et donc en fin de compte d’engendrer une richesse générale plus rapidement que par un financement normal. Ce type de raisonnement démontre seulement l’agilité de l’esprit de leurs auteurs, mais il ne rend pas compte d’un phénomène qui ruine des individus en chair et en os qui voient leur cadre financier s’effondrer au terme d’une vie de travail.</p>
<p>Même dérive en cas de captation du marché par un individu ou un groupe d’individus qui réussit à transformer un avantage temporaire en rente de situation. C’est le principe du monopole ou de l’oligopole qui, une fois établi, peut diriger le marché au détriment du plus grand nombre. Pensons à Microsoft qui a réussi à obtenir un contrat d’IBM pour fournir un système d’exploitation au demeurant fort quelconque – MS-DOS – et qui a profité du pouvoir de marketing du géant de l’informatique pour acquérir un monopole dans le logiciel. Depuis MS-DOS, Microsoft n’a rien inventé. Son système d’exploitation Windows n’était qu’une tardive et laborieuse copie de Mac OS – il ne faut quand même pas l’oublier. De même, son navigateur Internet Explorer a triomphé de Netscape, qui était la véritable technologie innovante, car il était commercialisé intégré avec le système d’exploitation Windows qui était lui-même en situation de monopole. Ainsi, une entreprise bien gérée a réussi à transformer un avantage mérité mais ponctuel (gagner un contrat d’IBM) en monopole, puis par voie de contagion secteur par secteur, en domination systématique de toutes les industries basées sur un support informatique.</p>
<p>Il faut des contre-poids aux grandes entreprises qui pourraient être tentées d’imposer leur loi à la diversité des forces du marché… Oubliez un instant encore les groupes de pressions occultes et les sourdes conspirations de criminels en costumes trois-pièces. Rappelez-vous les paysans sur la place du marché de Marrakech, Oaxaca, Kinshasa… Peu importe le nom : mettez celui qui vous chante. Il y a toujours des petits malins qui vont tenter de se réserver les meilleures places pour reléguer leurs concurrents dans des coins mal accessibles ou de faire main basse sur un produit afin de créer une pénurie et en faire monter le prix. L’esprit humain est ingénieux. Alors dans le cadre infiniment plus complexe des marchés d’aujourd’hui le nombre de passe-droits et de manœuvres délictueuses qui peuvent déformer les lois du marché est infini. Le marché est un espace de liberté en équilibre toujours précaire qui doit faire l’objet de toute notre attention et précaution. Le mépris traditionnel pour les activités marchandes en Occident a été à la source des pires erreurs dogmatiques. Le rôle de l’État est de préserver cet espace commun et ouvert qui fonde la civilisation – toutes les civilisations. Quand les néo-libéraux veulent effacer l’État pour laisser la « main invisible » guider les forces du marché, ils affectent ignorer que, visible ou invisible, la main de certains est assez puissante pour imposer ses intentions aux autres en dépit de l’intérêt de la société.<a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn1">[1]</a></p>
<p><strong>La nature structurelle du mal-développement</strong> Cela nous mène tout droit à une des causes véritables du mal-développement des sociétés contemporaines et qui est le gigantisme. Les néo-libéraux ont raison de se méfier de la prolifération étatique qui, à partir d’un certain seuil, crée des problèmes inédits jusque là. Mais ils ne se rendent pas compte ou feignent de ne pas se rendre compte que ce qui fait problème est le gigantisme, pas l’État. Or, ce gigantisme caractérise aussi bien les entreprises privées que les administrations publiques. Il y a des lois de base en sciences sociales que nul ne peut ignorer sans risque. Plus une organisation est grande, plus son système de valeurs est fondé sur des paramètres internes. Ainsi, le poids de la reconnaissance de l’individu par ses pairs croît en proportion inverse de la reconnaissance du même individu par le monde extérieur.<a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn2">[2]</a> C’est le regard de ses collègues et supérieurs hiérarchiques qui confère une signification positive (ou négative) à chacun de ses gestes et, au-delà de la gratification morale immédiate, lui vaut une prime de rendement ou une promotion et le hisse d’échelon en échelon jusqu’au sommet de la hiérarchie administrative. C’est vrai dans une administration privée tout autant que publique. Mais si l’individu agit en fonction de ses pairs, cela va-t-il toujours dans l’intérêt général ? Je veux dire ici l’intérêt des autres organisations et celle des individus isolée qui composent l’ensemble de la société.</p>
<p>Poser la question revient à donner la réponse. Pour paraphraser Adam Smith, chaque organisme qui poursuit son « intérêt personnel (…) travaille souvent d&#8217;une manière bien plus efficace pour l&#8217;intérêt de la société, que s&#8217;il avait réellement pour but d&#8217;y travailler. » Même si nous acceptions cet axiome tel quel, pour qu’il soit opératoire, il faut nécessairement qu’il y ait une pluralité d’organismes qui, mis en concurrence, engendrent un équilibre. Les néo-libéraux évoquent volontiers la menace de l’intervention de l’État qui risque de déformer le marché à son profit, c’est-à-dire au profit des groupes de pression qui se font le mieux entendre des dirigeants de l’État. Quand l’État supprime la propriété privée des moyens de production, il devient un monopole et doit à ce titre être combattu pour que le libre jeu du marché puisse reprendre ses droits. Mais qu’arrive-t-il si une entreprise privée parvient, même par des méthodes qui, prises une à une, sont toutes légales et même légitimes, à occuper une situation de monopole dans son marché ? Elle va imposer ses intérêts particuliers. C’est pour cela que des lois anti-trusts ont été promulguées par l’État. Ces lois anti-trust sont mises en application par l’État qui agit ainsi de façon à permettre aux forces du marché de fonctionner « librement ». On voit que le mot « libre » est très ambigu puisqu’il faut introduire la contrainte de la loi pour la faire triompher. Ce qui doit être libre est plutôt l’accès au marché. Le marché lui-même doit viser à l’équilibre – c’est-à-dire à la situation optimale où la demande tranche en connaissance de cause et librement entre les différentes offres proposées.</p>
<p>Le socialisme poussé à son extrême a débouché sur le monopole de l’État dans tous les domaines de la vie économique (sans parler des autres monopoles sur l’information, les arts, les déplacements des individus et parfois même leurs plans de carrières). On parle alors d’État totalitaire. Mais il faut bien comprendre que l’essence même de ce totalitarisme d’État est identique à l’essence des monopoles privés : intériorisation du système de valeurs. Si un seul organisme – en l’occurrence l’État – fournit les paramètres de références à tous les individus d’une société donnée, il acquiert un pouvoir total. Chaque entreprise privée secrète ce même processus d’intériorisation des valeurs qui a donc une vocation totalitaire. Pourtant elle ne produit pas de totalitarisme car, précisément, elle n’est pas seule. La liberté économique ou même la liberté tout court, réside dans ces espaces laissés vacants entre les multinationales géantes qui occupent le marché. Voilà pourquoi la création de monopoles fait peur. Consciemment ou inconsciemment, on sent bien qu’il y a là les prémisses du totalitarisme. Entendons-nous bien : cela ne signifie pas que l’essence des multinationales soit mauvaise, non plus que celle de l’État. C’est quand un organisme se retrouve en situation de monopole absolu que naît le totalitarisme. Les monopoles qui nous entourent et qui sont relativement rares, sont des monopoles limités à un secteur donné : ils déforment ce marché particulier mais n’ont rien à voir avec le totalitarisme. Dans la grande majorité des cas, les grandes entreprises jouent un rôle bénéfique ou néfaste, selon les points de vue, sans se transformer pour autant en monopole et encore moins en embryon de système totalitaire.</p>
<p>La sottise des anti-mondialistes est de s’être placés volontairement dans une situation aberrante sur le plan sémantique, logique et finalement historique. On ne peut pas être contre la mondialisation – pas plus qu’on ne peut être contre l’air qu’on respire ou l’eau qu’on boit. La mondialisation fait partie du phénomène vivant. Toute l’expérience humaine tend à l’universel. Que cherchait donc le griot primitif ou le sage antique lorsqu’il portait son regard vers le ciel nocturne parsemé d’étoiles ou qu’il scrutait la ligne d’horizon sur la mer ? L’expérience humaine a produit dès son début des grands voyageurs qui ont tenté chacun à sa façon d’apporter une réponse à la grande question de savoir ce qu’il y a au-delà du cercle étroit du monde connu. Marco Polo, Christophe Colomb ou Magellan, plus récemment John Glenn et Neil Amstrong, ont tous répondu à cet appel venu du fond de l’instinct humain qui est d’aller à la recherche de ces espaces inconnus que l’on sait exister au-delà du monde qui nous entoure. Bougainville a fait rêver un siècle entier en parlant des îles mystérieuses où l’homme existerait naturellement bon. Ce besoin d’embrasser la planète entière fait partie des structures mêmes de la conscience. Parmi les raisons qui ont contribué à mettre l’écologie au cœur des préoccupations politiques, la vision de la planète Terre est peut-être la plus déterminante. Les antimondialistes pris au piège de leur propre aveuglement ont d’ailleurs dû se rendre à l’évidence et rebaptiser leur cause « altermondialisation » ce qui est plus défendable sur le plan strictement logique, mais ne veut plus rien dire. Ils ne sont pas contre la mondialisation, mais seulement contre une forme de mondialisation. Pourquoi ne nomment-ils pas leur ennemi qui est le capitalisme ? Ou mieux : pourquoi ne nomment-ils pas leur cause ? C’est qu’ils n’ont pas de cause sinon un profond dégoût de vivre dans une société injuste qu’ils ne comprennent pas, ce qui est bien normal, mais qu’ils n’essaient même plus de comprendre. Ils ont renoncé à trouver une réponse aux myriades de questions que nous pose le vaste monde.</p>
<p>La découverte des archaïsmes nationaux ou régionaux par ce qu’il faut bien continuer à nommer la gauche, faute de mieux, est très comparable à la démarche de la droite au XIXe siècle. Quand les ultras français ont été désarçonnés par les révolutions successives de 1830, 1848 et finalement l’établissement de la IIIe République, ils ont inventé le mythe des valeurs rurales incarnées par les masses paysannes pour le coup érigées en bouclier de la tradition. Dans tous les pays le phénomène s’est répété. En Allemagne, « tous les dirigeants nationaux-socialistes (avaient exalté) dans leurs écrits la valeur du paysan pour la nation. Hitler a consacré les chapitres 4 et 14 de Mein Kampf au rôle de l’agriculture et de la paysannerie dans l’État. »<a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn3">[3]</a> À l’inverse, Karl Marx parlait de la paysannerie comme de « la classe qui représente la barbarie au sein de la civilisation. »<a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn4">[4]</a> Inutile de préciser que le mythe évoqué tant par la droite que par la gauche n’était rien d’autre que cela : un mythe précisément issu du refus de décoder la complexité du réel. La droite avait peur des ouvriers et inventait un « bon sauvage » en retrait par rapport au débat politique. La gauche épousait la cause des ouvriers et, ne sachant que faire des paysans, reléguait ceux-ci parmi les « barbares ». La gauche aujourd’hui a curieusement rompu avec la vieille prévention marxiste à l’encontre du monde rural pour adopter avec deux siècles de retard l’illusion rurale avec un vocabulaire renouvelé par quelques emprunts à l’écologie.</p>
<p>Nous nous retrouvons face à une gauche « altermondialisme » qui a rompu avec ses origines, non pour mieux interpréter la réalité, mais pour la fuir comme ces vieux ultras emperruqués qui goûtaient leur tisane réchauffée le soir au coin du feu en évoquant les souvenirs heureux d’avant la catastrophe moderne. La grande cause des altermondialistes est la lutte contre les délocalisations d’entreprises occidentales envers les pays en développement. Ils affirment du même souffle protéger les intérêts des travailleurs occidentaux et lutter contre l’exploitation des travailleurs des pays en développement et, en particulier, de leurs enfants. Les « altermondialistes » protègent en effet les travailleurs occidentaux et ils ont raison de le dire. Mais ils ne luttent pas contre l’exploitation des travailleurs des pays en développement. Le principal rêve d’un habitant du tiers-monde est précisément d’obtenir du travail d’une compagnie occidentale. Si des enfants travaillent dans des entreprises multinationales (généralement des fournisseurs des multinationales) c’est pour ne pas mourir de faim. Dans les zones de grande misère, le choix n’est pas entre envoyer un enfant à l’école ou au travail, il est entre ne pas manger ou manger.</p>
<p>Un des rares avantages qu’ont les pays du tiers-monde par rapport aux pays occidentaux est une main d’œuvre bon marché. Empêcher les entreprises occidentales d’investir ou d’acheter dans le tiers-monde revient non pas à lutter contre l’exploitation mais à y interdire tout développement. Lors de mes années africaines, je passais souvent à proximité des plantations Lever à la sortie de Bandundu sur la route qui mène à Bendela. Les plantations Lever constituaient un îlot de développement au sein de la grande débâcle congolaise ou zaïroise, comme on disait à l’époque. Les travailleurs agricoles vivaient dans un village construit en dur avec une école et un dispensaire. Il n’est jusqu’au système routier aux abords de la plantation qui n’ait été refait et entretenu par cette obscure filiale africaine du groupe Unilever. Si un « altermondialiste » prenait la peine d’aller sur place dire à n’importe quel travailleur de cette plantation de palmiers à huile qu’il était exploité, il se ferait poliment recevoir, car les Africains ont le plus grand respect pour les faibles d’esprit, peut-être même ne le contredirait-on pas, mais je devine à distance leurs sourires gênés devant les élucubrations du « mundele ».</p>
<p>Bien sûr que les multinationales qui investissent dans le tiers-monde profitent des bas salaires de la main d’œuvre locale. Mais pour les populations démunies, le bas salaire d’une entreprise occidentale est infiniment supérieur aux petits boulots que procurent les entreprises locales avec les émoluments aléatoires qui vont avec. Le bas salaire de la multinationale tombe à dates fixe et n’est pas fonction des humeurs du patron. Mieux encore : l’existence d’une infrastructure industrielle moderne dans un pays du tiers-monde est une promesse de développement. Outre les emplois directs, elle fait vivre des sous-traitants et elle suscite la création d’un minimum d’infrastructures pour communiquer avec le reste du monde – importer et exporter. On a souvent critiqué la légèreté ou l’élitisme des infrastructures nécessaires aux multinationales. C’est vrai, l’économie moderne a souvent tendance à privilégier la construction d’aéroports à celles de routes ou de chemins de fer. Pourtant, même si le petit peuple ne voyage pas en avion, un aéroport est préférable à rien. Tout investissement est préférable à la stagnation de la misère que l’on trouve si souvent en Afrique. Le pire qui puisse arriver à un pays est que personne ne trouve aucun intérêt à l’exploiter. Le phénomène de l’exploitation, avec toutes les injustices qu’il comporte, met cependant en marche le mécanisme du développement. On n’a pas créé le décollage économique coréen en payant aux ouvriers des salaires occidentaux. La Corée a tiré partie de l’avantage comparatif que lui procurait ses bas salaires pour attirer des capitaux étrangers, construire des infrastructures et permettre ainsi à ses entrepreneurs de créer peu à peu une machine de production domestique qui est maintenant une des plus performantes au monde. Les salaires coréens ont suivi et, à présent, c’est la Corée qui délocalise ses usines au Vietnam ou aux Philippines.</p>
<p>Pourtant quand un pays en développement commence à exporter sa production agricole ou industrielle en Europe de l’Ouest ou en Amérique du Nord, les « altermondialistes » et les syndicats qui leur servent de caution ouvrière crient au dumping social. Ils évoquent les conditions dégradantes du travail dans les entreprises du tiers-monde et finissent toujours par brandir le spectre des enfants que l’on force à travailler… La vérité est que les « altermondialistes » n’ont pas de projet de développement pour le tiers-monde. Ils nient l’effet tache d’huile du développement. Ils ont même transformé l’expression anglaise « trickle down » en insulte – ils sont si inventifs quand il s’agit d’inventer des insultes.<a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn5">[5]</a> Quand les « altermondialistes » parlent de « commerce équitable » c’est une manière moderne de dire « autarcie ». Parce que s’il fallait payer les ouvriers ou les paysans du Bengla Desh le même salaire que les travailleurs canadiens ou américains, personne n’achèterait quoique ce soit au Bengla Desh, ni ailleurs dans le tiers-monde. Mais nos gauchistes sont cohérents : ils sont contre l’abaissement des barrières douanières devant les produits du tiers-monde et pour la protection des industries occidentales au nom de la protection de l’emploi. Bien sûr, si on les écoutait jusqu’au bout, ils préfèreraient qu’on nationalise toutes les entreprises pour mieux protéger leurs travailleurs, mais à défaut de cet idéal de moins en moins avouable depuis la chute du Mur de Berlin, ils se satisfont tant bien que mal du système de subventions aux industries occidentales. Quand il s’agit des subventions aux entreprises agricoles, l’enthousiasme des « altermondialistes » ne connaît plus de limites et se transforme en frénésie. Ah, l’aide aux producteurs de lait : voilà qui fleure bon la biodiversité agricole ! Nos bon sauvages « altermondialistes » parlent pêle-mêle de développement durable, de sauvegarde des écosystèmes régionaux et sans crainte du ridicule de diversité culturelle – confondant ainsi agriculture et culture dans un même combat d’arrière-garde.</p>
<p>Le beau rêve « altermondialiste » Admettons que nous envisagions l’avenir sous l’angle « altermondialiste » : qu’obtiendrons-nous ? Nous obligerions les entreprises occidentales qui veulent ouvrir des entreprises en Chine à payer aux travailleurs chinois les mêmes salaires qu’aux travailleurs de leurs pays d’origine. Par conséquent, plus aucune entreprise n’investirait en Chine ou ailleurs dans le monde et cela maintiendrait ouvertes nos belles entreprises de textile ou d’électronique. La jeunesse qui sort des grandes universités d’Occident se précipiterait sans doute aux portes de ces usines pour avoir le plaisir d’y travailler au salaire minimum – mais comme ils seraient syndiqués et bien protégés par notre code du travail, leurs salaires seraient vraisemblablement indexés sur ceux de la fonction publique. Nationalisées ou pourvue de bonnes subventions gouvernementales, nos entreprises maintiendraient leur avantage concurrentiel par rapport à la Chine ou au Brésil qui de toute façon ne pourraient rien exporter chez nous tant et aussi longtemps que leurs salaires et avantages sociaux ne seraient pas comparables aux nôtres. Bien sûr le monde est plein d’inégalités. Les altermondialistes en conviennent. C’est même leur fond de commerce. Alors, l’Occident prendrait la tête d’une croisade pour la justice sociale en lançant des programmes de développement durable dans le tiers-monde, basés sur le lancement de coopératives à but non lucratif qui paieraient des salaires alignés sur ceux des pays les plus développés. Ces coopératives serviraient en priorité leurs marchés nationaux ou régionaux. À la rigueur, on tolèrerait qu’elles exportent leurs produits chez nous à titre de témoignage sur le caractère pittoresque du savoir-faire de ces peuples éloignés. Si certains pays d’Afrique ou d’Amérique latine produisent trop de bananes pour les manger eux-mêmes, ils n’auront qu’à les faire sécher pour les années de disette. À vrai dire, l’autarcie « altermondialiste » ne fait que renouer avec la traditionnelle charité qui permet aux démunis de survivre à condition qu’ils se tiennent bien et, surtout, qu’ils restent à leur place – à la rigueur on permettra à certaines catégories d’entre eux d’immigrer pour balayer nos rues et garder nos enfants pendant que les parents travaillent ou prennent des vacances au soleil.</p>
<p><strong>La coalition paradoxale</strong> « Altermondialistes » et les néolibéraux trouvent parfois des terrains d’entente, c’est ainsi qu’on laisse entrer des millions d’immigrants illégaux pour servir de réservoir de main d’œuvre dans les sales boulots d’Occident ou que, périodiquement, saisis d’une crainte de l’étranger, on ne ferme les frontières aux importations étrangères. Qui ne se souvient du lâche soulagement du patronat français en 1983 lorsque les socialistes avaient bloqué à Poitiers l&#8217;importation des magnétoscopes fabriqués en Asie ?<a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn6">[6]</a> Le Canada traîne le Brésil devant l’Organisation international du commerce (OMC) parce qu’il subventionne illégalement son industrie aéronautique et en particulier l’entreprise Embraer qui fabrique des jets régionaux. Pour savourer à juste titre l’indignation canadienne, il faut avoir présent à l’esprit qu’Embraer concurrence la compagnie canadienne Bombardier dans la production de jets régionaux. Cinq fois, l’OMC a condamné le Brésil pou avoir contrevenu aux principes mêmes du libre-échange. Dans les années 90, le ministre des Affaires étrangères du Brésil Luis Felipe Lampreia avait résumé ainsi la position de son pays :</p>
<blockquote><p>« Au départ, je crois qu&#8217;il est nécessaire qu&#8217;il y ait une certaine mesure de subvention parce, sinon, un pays comme le Brésil passerait toute sa vie à produire du café, du sucre, du cacao et du coton et n&#8217;arriverait jamais à exporter quoi que ce soit qui ait un certain degré de technologie et de valeur ajoutée.» <a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn7">[7]</a></p></blockquote>
<p>Et le Brésil a continué à subventionner son industrie aéronautique (au même titre d’ailleurs que le Canada subventionne la sienne). Pensez-vous que la gauche canadienne ait salué la déclaration du ministre Lampreia comme une illustration du « commerce équitable » dont ils se prétendent les hérauts ? Bien sûr que non. Créer des avions brésiliens ne répond pas aux canons de la vertu « altermondialiste ».<a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftn8">[8]</a> » Pour être conformes aux canons du « développement durable » il faudrait que nos braves latino-américains fassent des coopératives de café. Pas des avions. Le café : voilà qui est écologique et qui ne pollue pas. Et puis le café brésilien ne risque pas d’attiser la colère du lobby des planteurs de café canadiens ou de leurs syndicats de travailleurs agricoles… Pour le coup, la droite et la gauche tombent d’accord pour crier à l’intention des pays en voie de développement :</p>
<blockquote><p>Faites du café, pas des avions !</p></blockquote>
<p>À l’avenir, chaque fois que vous verrez un néo-libéral marcher la main dans la main avec un « altermondialiste », méfiez-vous. C’est qu’il se prépare un sale coup.</p>
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<p><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><em><a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref1">[1]</a> Au demeurant, l’image d’Adam Smith était formulée de manière plus circonspecte qu’on ne veut bien le croire : « A la vérité, son intention en général n&#8217;est pas en cela de servir l&#8217;intérêt public, et il ne sait même pas jusqu&#8217;à quel point il peut être utile à la société. En préférant le succès de l&#8217;industrie nationale à celui de l&#8217;industrie étrangère, il ne pense qu&#8217;à se donner personnellement une plus grande sûreté; et en dirigeant cette industrie de manière que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu&#8217;à son propre gain; en cela, il est conduit par une main invisible, à remplir une fin qui n&#8217;entre nullement dans ses intentions; et ce n&#8217;est pas toujours ce qu&#8217;il y a de plus mal pour la société, que cette fin n&#8217;entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d&#8217;une manière bien plus efficace pour l&#8217;intérêt de la société, que s&#8217;il avait réellement pour but d&#8217;y travailler. »</em></span></p>
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<p><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><em><a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref2">[2]</a> À l’inverse et pour les mêmes raisons un travailleur autonome vit dans un système de valeur entièrement tourné vers l’extérieur : toute gratification morale ou tangible provient forcément d’individus ou d’organismes situés au-dehors de son entreprise personnelle.</em></span></p>
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<p><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><em><a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref3">[3]</a> Jef Rens, Analyse sociologique de la naissance et du développement du mouvement hitlérien, thèse de doctorat, Bruxelles : Université Libre de Bruxelles, 1935. <a href="http://www.rens.ca/1345/document.php?document_id=216">http://www.rens.ca/1345/document.php?document_id=216</a></em></span></p>
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<p><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><em><a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref4">[4]</a> Karl Marx, La lutte de classes en France, Éditions sociales, Paris, 1895. <a href="http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html">http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html</a></em></span></p>
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<p><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><em><a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref5">[5]</a> La vieille gauche qualifiait toujours ses adversaires « d’anticommunistes primaires » avec un trémolo d’indignation dans le fond de la gorge nouée. Qu’aurait-il fallu être : anticommuniste secondaire, anticommuniste modéré, anticommuniste « light » ? Devant une abomination totalitaire et meurtrière, il n’y avait qu’une façon de réagir et qui était « primaire » en effet et c’est la résistance. A-t-on jamais qualifié ceux qui ont dit « non » à Hitler d’antinazis primaires ?</em></span></p>
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<p><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><em><a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref6">[6]</a> Les magnétoscopes et autres produits électroniques grand public devaient obligatoirement passer par Poitiers pour être dédouanés. Poitiers étant à 510 km du plus proche port de marchandises, l&#8217;importation de ces produits était ralentie.</em></span></p>
</div>
<div>
<p><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><em><a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref7">[7]</a> Radio Canada, émission Zone libre, diffusion le 6 avril 2001.<a href="http://www.radio-canada.ca/actualite/zonelibre/01-04/embraer.html">http://www.radio-canada.ca/actualite/zonelibre/01-04/embraer.html</a></em></span></p>
</div>
<div>
<p><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: xx-small;"><em><a title="" href="http://www.rens.ca/1345/humeurs.php?subaction=showfull&amp;id=10&amp;archive=&amp;start_from=&amp;ucat=1&amp;#_ftnref8">[8]</a> Je ne peux m’empêcher de mettre des guillemets à « altermondialiste » car le mot est si faux. Il tente de couvrir une cause indéfendable et il invente à cette fin un mot qui ne veut rien dire</em></span></p>
</div>
</div>
<p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-9-apprendre-a-decoder-le-reel-a-lheure-du-neolibreralisme-et-de-lantomondialisme-2005-12-09/">Humeur 9: Apprendre à décoder le réel à l&#8217;heure du néolibréralisme et de l&#8217;antomondialisme-(2005-12-09)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Humeur 8: Antisémites, révisionnistes et juifs-(2003-12-30)</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Mar 2012 10:55:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Humeur]]></category>

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		<description><![CDATA[<p> Antisémites, révisionnistes et juifs Rien n’est plus veule qu’un antisémite, sinon un révisionniste qui nie les persécutions des juifs. À la limite, on a le droit de ne pas aimer les juifs, je n’écris pas « persécuter », mais enfin il n’existe aucun fondement éthique qui puisse obliger quiconque à aimer les juifs en général – non [...]</p><p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/antisemites-revisionnistes-et-juifs/">Humeur 8: Antisémites, révisionnistes et juifs-(2003-12-30)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1><strong><span style="font-family: Arial; font-size: small; color: #3366ff;"> Antisémites, révisionnistes et juifs</span></strong></h1>
<p><span style="font-family: Arial;">Rien n’est plus veule qu’un antisémite, sinon un révisionniste qui nie les persécutions des juifs. À la limite, on a le droit de ne pas aimer les juifs, je n’écris pas « persécuter », mais enfin il n’existe aucun fondement éthique qui puisse obliger quiconque à aimer les juifs en général – non plus que les chrétiens, les hindouistes ou les musulmans. Haïr les juifs out tout autre groupe humain n’est pas une preuve particulière d’intelligence, mais ce n’est pas un crime.<span id="more-116"></span></span></p>
<p><span style="font-family: Arial;"> </span></p>
<p><span style="font-family: Arial;">Tout différent est la situation de celui qui nie que les juifs aient été massacrés pendant la deuxième Guerre mondiale au nom de prétendus arguments scientifiques : absence d’ordres signés Hitler ou de son entourage, personne n’a vu de chambre à gaz en état de fonctionnement, impossibilité de nature physico-chimique pour le Zyklon B d’être utilisé dans les chambres à gaz, etc. Ce qu’il y a de misérable dans cette pseudo-science est qu’elle est fondée sur la honte.</span></p>
<p><span style="font-family: Arial;"> </span></p>
<p><span style="font-family: Arial;">Bien sûr que les antisémites ont honte des crimes qui ont été commis au nom de leur idéologie. Ils ont tellement honte qu’ils n’essaient pas de justifier le génocide antijuif et que, peut-être même, qu’en leur for intérieur, ils pressent confusément qu’un pas de trop a été franchi – celui qui abolit l’humanité. Par contre, ils ne veulent pas abandonner leur passion antisémite : alors ils nient que l’on ait tué six millions de juifs en trois ou quatre ans.</span></p>
<p><span style="font-family: Arial;"> </span></p>
<p><span style="font-family: Arial;">Le révisionnisme commence toujours par la contestation du chiffre des morts : il serait invérifiable… Bien sûr qu’il est invérifiable. La plupart des statistiques sur les morts de la deuxième Guerre mondiale sont des approximations. Au procès de Nuremberg, il a été estimé à 5,7 millions. Celui qui est sans doute le meilleur spécialiste de la question Raul Hilberg avance un chiffre d’environ 5 100 000 victimes.<a title="" href="http://www.rens.ca/1345/admin/admin_DocAdd.asp#_ftn1">[1]</a></span></p>
<p><span style="font-family: Arial;"> </span></p>
<p><span style="font-family: Arial;">Ensuite, les révisionnistes disent que ceux des juifs qui sont morts – ils admettent quand même qu’un nombre indéterminé de juifs aient péri – n’ont pas été gazés, mais qu’ils sont morts de faim ou de maladie dans les camps de travail où on les avait déportés, au même titre que les Polonais ou les Russes. Cette banalisation de l’extermination est sans doute la partie la plus infâme de l’argumentaire révisionniste.</span></p>
<p><span style="font-family: Arial;"> </span></p>
<p><span style="font-family: Arial;">C’est ici que l’on entre dans une querelle sordide pour savoir combien de temps il faut pour évacuer le Zyklon B d’une chambre à gaz, quelle est la dimension exacte des chambres, sa ventilation ou absence de ventilation, le nombre de juifs que l’on peut y entasser… Arrivé à ce degré d’ignominie, on comprend bien que la seule motivation des révisionnistes est leur incapacité intellectuelle à justifier le massacre des juifs pendant la deuxième Guerre mondiale.</span></p>
<p><span style="font-family: Arial;"> </span></p>
<p><span style="font-family: Arial;">Car enfin, nul ne peut nier, pas même les révisionnistes, qu’il y ait eu des persécutions de juifs pendant la deuxième Guerre mondiale. En Allemagne d’abord, puis dans tous les pays occupés sans exception, il y a eu des mesures d’exception prises à l’encontre des juifs : interdiction de travailler, expropriation, taxes spéciales et pour finir déportation des camps de l’Est où beaucoup sont morts. Cela a été constaté par des millions de témoins, y compris les médias de l’époque, des archives existent à ce sujet – c’est la partie indéniable du sort des juifs.</span></p>
<p><span style="font-family: Arial;"> </span></p>
<p><span style="font-family: Arial;">Selon les révisionnistes, les nazis persécutaient les juifs mais ils ne les gazaient pas. Tout se passe comme si le dernier pas, celui qui mène de camp de concentration à la chambre à gaz était toujours, plus d’un demi-siècle plus tard, impossible à penser. On peut faire travailler des hommes jusqu’à ce qu’ils meurent de fatigue, on peut les laisser crever de faim et de maladie, mais pas les gazer : ah, non! Cela dépasse les limites de la morale sous-jacente à toutes les formes de vie en société adoptées par la civilisation occidentale.</span></p>
<p><span style="font-family: Arial;"> </span></p>
<p><span style="font-family: Arial;">En vérité, le cœur leur lève, mais leur passion antijuive est plus forte. Il est si humiliant pour un antisémite de voir les juifs survivants utiliser l’argument du génocide pour exiger des législations antiracistes, serrer les coudes au sein de leurs organisations communautaires et finalement créer un État à eux en Israël – sans pouvoir leur répondre. Car c’est cela qui les mortifie au plus profond d’eux-mêmes : les révisionnistes n’ont rien à répondre à leurs adversaires juifs ou simplement civilisés. </span></p>
<p><span style="font-family: Arial;"> </span></p>
<p><span style="font-family: Arial;">Finalement, le révisionnisme est peut-être le plus fort plaidoyer en faveur du caractère exceptionnel du génocide : il est injustifiable même par un antisémite. L’holocauste est proprement <em>impensable</em>. Ce phénomène historique nous amène jusqu’au bord de l’abîme au fond duquel sommeillent les monstres sans nom des âges préhominiens.</span></p>
<p><span style="font-family: Arial;"> </span></p>
<p><span style="font-family: Arial;">En niant l’holocauste, les révisionnistes qui sont toujours antisémites, ne l’oublions pas, rendent un hommage involontaire à la pensée humaine : il y a une frontière que la raison ne saurait franchir sans se nier.</span></p>
<div>
<p>&nbsp;</p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div>
<p><a title="" href="http://www.rens.ca/1345/admin/admin_DocAdd.asp#_ftnref1"><span style="font-family: Times New Roman;">[1]</span></a>Raul Hilberg, <em>La Destruction des Juifs d&#8217;Europe,</em> Fayard, 1988, p. 1045-1046.</p>
</div>
</div>
<p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/antisemites-revisionnistes-et-juifs/">Humeur 8: Antisémites, révisionnistes et juifs-(2003-12-30)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Humeur 7: La propriété est-elle menacée par la technologie?-(2003-08-10)</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Mar 2012 10:54:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Humeur]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>La propriété est-elle menacée par la technologie? La technologie est en passe de réussir ce que le socialisme a raté : détruire la propriété privée. Avec Internet, on a construit un réseau &#160;&#187; gratuit &#160;&#187; dans le dos des compagnies de télécom en utilisant leurs propres lignes téléphoniques et câbles transcontinentaux… Sans qu&#8217;elles n&#8217;y voient [...]</p><p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-7-la-propriete-est-elle-menacee-par-la-technologie-2003-08-10/">Humeur 7: La propriété est-elle menacée par la technologie?-(2003-08-10)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #3366ff;">La propriété est-elle menacée par la technologie?</span></h1>
<p>La technologie est en passe de réussir ce que le socialisme a raté : détruire la propriété privée. Avec Internet, on a construit un réseau &nbsp;&raquo; gratuit &nbsp;&raquo; dans le dos des compagnies de télécom en utilisant leurs propres lignes téléphoniques et câbles transcontinentaux… Sans qu&#8217;elles n&#8217;y voient que du feu &#8211; et encore, si longtemps après&#8230; Finis les tarifs sur la distance! Finis les tarifs à la minute!</p>
<p>Puis il est devenu possible de tout copier sans payer : la Joconde, les Rolling Stones et le dernier logiciel de <span id="more-113"></span>Microsoft. Si tout le monde peut s&#8217;approprier l&#8217;information sans payer et en faire ce qu&#8217;il veut ou presque, n&#8217;est-ce pas la fin de la propriété privée de l&#8217;information? Cette information devient un domaine public où tout le monde peut puiser à satiété et y injecter quelques miettes de son moi.</p>
<p>Tout est gratuit dans le domaine public. Bon, d&#8217;accord: mais qui va payer les créateurs? Tout au long des années 90, ceux-ci ont essayé de vendre des revenus futurs : on habitue les gens à un service gratuit et puis on les fera payer, on va refaire sur Internet le coup de la radio-télévision et faire payer les publicitaires, on va court-circuiter tous les intermédiaires et mettre en contact direct l&#8217;offre et la demande… Toutes ces chimères et mille autres ont servi à monter des plans d&#8217;affaires magiques et à lever des milliards de dollars. Mais où est l&#8217;argent? Ne soyez pas vieux jeu: dans l&#8217;économie de l&#8217;information, il faut avoir une vision à long terme, le premier venu rafle la mise, mais soyez patient, les revenus sont à long terme…</p>
<p>Les affairistes se sont énervés. Ils ont commencé à faire du télémarketing sur Internet : voulez-vous des photos pornos, non des films pornos, du viagra, des pénis allongés et les fortunes des veuves de dictateurs nigérians assassinés? On a appelé &nbsp;&raquo; spam &nbsp;&raquo; cette prolifération du télémarketing. Mais comment stopper un service qui est gratuit? Si j&#8217;ai une chance sur un million de tomber sur l&#8217;imbécile qui débitera sa carte de crédit pour devenir millionnaire sans travailler, il faut la tenter. Le courrier postal, le téléphone et les petites annonces classées avaient un prix qui, même modique, limitait la portée de mon télémarketing. Avec la gratuité de l&#8217;information, je peux tenter ma chance tous les jours auprès de millions d&#8217;individus anonymes sans rencontrer de limites financières. Bien sûr, en explosant l&#8217;information perd toute trace de signification autre que probabiliste &#8211; une élongation du pénis se vend mieux qu&#8217;une veuve de dictateur, mais la veuve peut rapporter plus…</p>
<p>Ici encore, qui paie pour l&#8217;encombrement du réseau? La bande passante de la fibre optique est pratiquement illimitée, mais il y a des ordinateurs et des routeurs, des ondes hertziennes ou du coaxial et, on a un peu vite tendance à le négliger, du bon vieux cuivre rouge qu&#8217;il faut quand même extraire, fondre, mouler, refroidir, transporter… Un ouvrier péruvien même sous-payé, ça finit à la longue par coûter cher!</p>
<p>Il faut se rendre à l&#8217;évidence : la gratuité fait mal. Le mince filet de courriels personnels ou sollicités par voie d&#8217;abonnement que je reçois est noyé dans une avalanche spamesque sans cesse croissante. J&#8217;en suis à un contre 10 en faveur du spam et la disproportion croît tous les mois. Pourtant j&#8217;ai activé tous les filtres d&#8217;Outlook, je me suis abonné à tous les services de Symantech et j&#8217;ai même essayé des services spécialisés anti-spams. Chaque parade a attiré un redoublement d&#8217;attaques spamoisantes.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, je suis prêt : le premier venu qui me proposera un abonnement pour un service payant mais sûr de courriel aura mon fric. Je suis prêt à payer pour un fournisseur de service qui ne débranche pas son serveur les fins de semaine pour faire des mises à jour, qui ne tombe pas en panne à l&#8217;improviste le lundi matin alors que mon client trépigne en ligne pour savoir s&#8217;il aura son travail à temps et, surtout, ô grand surtout, qui ne m&#8217;accable pas de bombardements spamoactifs du matin au soir. Je le sais bien que la gratuité, ça ne marche pas.</p>
<p>Les espaces publics ont besoin de barrières et de gardiens, sinon il se trouve toujours un petit malin pour les transformer en dépotoirs. Je ne crois pas dans l&#8217;autodiscipline en dehors des clubs sélects pour chercheurs de Stanford qui veulent échanger des bonnes adresses avec des PhD de Carnegie Mellon ou de McGill. Mais là on se parle entre pairs, n&#8217;est-ce pas? Pour être admis il faut être membre d&#8217;une communauté aux règles invisibles mais combien strictes : amour du savoir, du don et de l&#8217;échange, quête de la perfection, cette déesse toujours fuyante que l&#8217;on s&#8217;efforce de séduire en lui offrant des lignes de codes par millions… Souvenez-vous des mânes de Linux et d&#8217;Apache qui rêviez à une société sans argent et sans concurrence où la petite étincelle innovante de chacun devenait la richesse collective de tout le monde… Nous avons eu droit à une vague de publicité même pas raffinée, segmentée et informative comme on nous le promettait avec l&#8217;avénement des médias interactifs &#8211; non, une vague de publicité de masse, non ciblée, visant au plus bas parce que c&#8217;est là qu&#8217;il y a le plus de gens.</p>
<p>Ah ouiche : elle est belle la confrérie sociale! Je réclame le droit de payer pour avoir la paix. Au secours, vieux monopoles! À votre époque, il est vrai que l&#8217;on avait moins de services, vos factures avaient toujours un petit arrière-goût d&#8217;arbitraire et de combine politico-réglementaire. Mais au moins, ça marchait &#8211; tous les jours, même le dimanche et il n&#8217;y avait pas besoin de se mettre à genoux devant un fournisseur d&#8217;accès ignorant chaque fois que le serveur avait &laquo;&nbsp;planté&nbsp;&raquo; pendant qu&#8217;il prenait un verre &#8211; ou un joint &#8211; au bistrot du coin.</p>
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		<item>
		<title>Humeur 6: Noir Désir tue sans surprise-(2003-08-03)</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Mar 2012 10:53:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Humeur]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>Noir Désir tue sans surprise Bertrand Cantat bat à mort Marie Trintignant dans sa chambre d’hôtel à Vilnius et les pleureuses médiatiques s’étonnent : drame incompréhensible, destin tragique… Il n’y a pas à s’étonner. Le rock « rappé » de Noir Désir a toujours prôné la violence extrême : « Pyromane à temps complet, j&#8217;ai [...]</p><p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-6-noir-desir-tue-sans-surprise-2003-08-03/">Humeur 6: Noir Désir tue sans surprise-(2003-08-03)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #3366ff;"><strong>Noir Désir tue sans surprise</strong></span></h1>
<p>Bertrand Cantat bat à mort Marie Trintignant dans sa chambre d’hôtel à Vilnius et les pleureuses médiatiques s’étonnent : drame incompréhensible, destin tragique… Il n’y a pas à s’étonner. Le rock « rappé » de Noir Désir a toujours prôné la violence extrême : « Pyromane à temps complet, j&#8217;ai mis l&#8217;feu à tout ce que j&#8217;ai touché… » Ou encore : « C&#8217;est le raz-de-marée, les rats peuvent plus se marrer, s&#8217;enfuir s&#8217;cacher… Au bord de l&#8217;abîme, implosion, explosion, mort aux cons riment, crapules, salauds, bourgeois, blaireux. » <sup>1<span id="more-150"></span></sup></p>
<p>On dira que c’est de la poésie de notre siècle. C’est vrai. C’est l’air du temps et cet air agace les « bouquets de nerfs » des enfants du siècle. Il est chic d’aimer Sade. On fait des thèses de doctorat sur Bataille ou Klossowski. « La véritable histoire, c’est l’histoire du désir », disaient Deleuze et Guattari pour justifier leur éloge de « la fuite schizo, la fuite toxico. » On ne peut pas à la fois écrire que « certains schizophrènes expriment directement un déchiffrement libre du désir » et s’étonner du massacre de Marie Trintignant par le Noir Désir Bertrand Cantat. <sup>2</sup></p>
<p>Pourtant quel talent que ce Bertrand Cantat : « Sale vieille Europe, celle qui entre deux guerres et même encore pendant caressait pour son bien le ventre des pays de ses lointains ailleurs et la bite à la main arrosait de son sperme les sexes autochtones. On se relève de ça ? On se relève de tout même des chutes sans fond. » <sup>3</sup> Il y a du sexe, de la transgression et même un lyrisme indéniable, le tout présenté à la mode « progressiste ». Force est de saluer le petit doigt sur la couture.</p>
<p>Oui, Cantat a du talent, tout comme Sade, Bataille ou Fanon. Mais c’est un talent qui hurle à la mort et nous aimons tant ces flammèches étranges de fin du monde&#8230; Nous réservons nos petites haines pour Ernst Zündel et Jean-Marie Le Pen. Mein Kampf est interdit à la vente en France. C’est si facile au XXIe siècle de crier dans les rues que « le fascisme ne passera pas » : il est déjà passé. Nous ne risquons rien. Pas même Cantat : on se relève de tout, n’est-ce pas?</p>
<p>3 août 2003</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<address><em>1 &#8211; « Le grand incendie », in Des visages, des figures, Barclay, 2001.</em> <em>2 &#8211; « Sur le capitalisme et le désir », in Gilles Deleuze, L’île déserte et autres textes, Les éditions de Minuit, 2002.</em> <em>3 &#8211; « L’Europe » in Bertrand Cantat, Des visages, des figures, Barclay, 2001.</em></address>
<p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-6-noir-desir-tue-sans-surprise-2003-08-03/">Humeur 6: Noir Désir tue sans surprise-(2003-08-03)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Humeur 5: Dancer in the Dark-(2000-10-13)</title>
		<link>http://rens.ca/2012/humeur-5-dancer-in-the-dark-2000-10-13/</link>
		<comments>http://rens.ca/2012/humeur-5-dancer-in-the-dark-2000-10-13/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 14 Mar 2012 10:52:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Humeur]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://rens.ca/2012/?p=147</guid>
		<description><![CDATA[<p>Dancer in the Dark (Un film de Lars Von Trier avec Björk et David Morse) Il y a le cinéma, la littérature, la musique, bref l&#8217;art, et il y a les chefs-d&#8217;œuvre qui nous font accéder au monde privilégié de la transcendance. Dancer in the Dark appartient sans hésitation à ces trop rares réussites qui [...]</p><p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-5-dancer-in-the-dark-2000-10-13/">Humeur 5: Dancer in the Dark-(2000-10-13)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #3366ff;">Dancer in the Dark</span></h1>
<h4 style="text-align: left;">(Un film de Lars Von Trier avec Björk et David Morse)</h4>
<p>Il y a le cinéma, la littérature, la musique, bref l&#8217;art, et il y a les chefs-d&#8217;œuvre qui nous font accéder au monde privilégié de la transcendance. Dancer in the Dark appartient sans hésitation à ces trop rares réussites qui justifient le fait d&#8217;exister.<span id="more-147"></span></p>
<p>Si vous avez du temps et même si vous n&#8217;en avez pas, sortez de chez vous sans attendre et courrez voir Dancer in the Dark. C&#8217;est le film le plus fort, le plus beau, le plus magique qui ait été tourné depuis des années. J&#8217;y suis allé hier soir à reculons. Les comédies musicales m&#8217;horripilent. Et puis la Palme d&#8217;or du festival de Cannes m&#8217;inquiète: le jury a tellement de fois couronné des films hermétiques et absolument ennuyeux que leurs prix me font l&#8217;effet inverse. Fuire. Tout cela pour dire que j&#8217;y allais avec un préjugé doublement défavorable. N&#8217;eût été une invitation insistante au cocktail d&#8217;inauguration du Festival du nouveau cinéma de Montréal, je n&#8217;aurais jamais songé à y aller. La question ne se serait même pas posée.</p>
<p>Bien sûr, j’avais vu Breaking the Waves du même Lars Von Trier en 1996. J’y avais apprécié le caractère tragique de la narration, le rejet catégorique de la psychologie et des sentiments subalternes. Quand son héroïne dialogue avec Dieu (elle donne à la fois les prières et les réponses), elle nous entraîne dans le monde des esprits, des elfes et du destin. Malgré cela, Breaking the Waves restait un film sec, austère, parfois même mécanique. Ses êtres humains sont balayés par le destin et détruits sans nous laisser l’occasion de vraiment nous identifier à eux. Ce souvenir étouffé n’aurait pas suffi à me faire sortir de chez moi voir Dancer in the Dark. À tort. Car, Breaking the Waves est avant tout une tragédie. Un être humain se heurte au destin. Il est broyé, certes, mais il réussit à mourir en affirmant une valeur plus forte que le destin : le droit du cœur.</p>
<p>Dès le début du film, j&#8217;ai été rassuré sur le côté comédie musicale. Les acteurs ne s&#8217;arrêtaient pas de tenir leur rôle à tout bout de champ pour roucouler l&#8217;air inspiré. Non, il y avait une histoire normale et des acteurs normaux. J&#8217;étais bien un peu déçu, on avait tant parlé de cette Björk qui était ci, qui était ça, et je ne voyais rien. Je reconnaissais bien Catherine Deneuve, mais je n&#8217;ai jamais aimé Catherine Deneuve&#8230; Tiens, une troisième raison pour ne pas aller voir le film. Le personnage principal avait l&#8217;air d&#8217;être une gamine de 16-17 ans au visage ingrat avec des lunettes atroces, mal fagotée et pour tout dire un brin stupide à force de naïveté. Un peu dans le genre de l’héroïne de Breaking the waves. Je me disais: bon c&#8217;est un film acceptable, ça ne fait pas trop mélo sirupeux, mais j&#8217;espère que ça ne sera pas trop long (j&#8217;avais oublié de me renseigner sur la longueur du film).</p>
<p>Arrive la première scène musicale. Eh bien, vous allez me croire ou non, mais je ne l&#8217;ai pas ressentie comme une coupure. C&#8217;est comme un bon livre. Il y a des passages purement descriptifs, des dialogues assez factuels, et puis tout à coup l&#8217;émotion se ramasse et on passe à un degré d&#8217;intensité supérieur. Mais c&#8217;est intégré dans le roman. Le film fonctionne exactement de la même façon. Nous n&#8217;avons pas l&#8217;impression qu&#8217;on a collé une citation latine au milieu du texte des Misérables ou du Voyage au bout de la nuit. La fille est dans son usine et insensiblement les bruits des machines adoptent une certaine cadence, presque une harmonie, et puis on s&#8217;aperçoit que c&#8217;est de la musique et que les ouvriers et les contremaîtres glissent et s&#8217;ordonnent sur le plancher de l&#8217;usine comme si l&#8217;air du temps les y amenait tout naturellement.</p>
<p>C&#8217;est alors que la magie surgit sans crier gare. L&#8217;adolescente chiffonnée, presque irritante de maladresse, se métamorphose en une femme&#8230; Non: pas une femme, une apparition de rêve, une ondine tour à tour mutine et tragique, qui vous ensorcèle. Ce n&#8217;est plus la même femme, ce n&#8217;est plus la même actrice. D&#8217;abord, elle n&#8217;a pas la même taille, pas le même âge, pas le même visage. C&#8217;est un rêve qui vit. Une passion qui nous requiert et à laquelle nous ne pouvons pas ne pas participer. Le mystère des grands mythes s&#8217;accomplit inéluctablement qui nous contraint à entrer dans la peau du personnage et à vivre par procuration ses enthousiasmes fragiles et son angoisse fondamentale. Il n&#8217;y a rien à faire. Vous êtes embarquée, vous devez suivre le chemin de croix jusqu&#8217;au bout parce vous devinez très vite qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une marche à la mort.</p>
<p>En cela, Dancer in the dark suit exactement la même trame que Breaking the waves. Bien sûr, il y a des imbéciles qui ont dit que Lars von Trier était misogyne. Il y a toujours des imbéciles dans les foules. Il faudrait leur interdire d’entrer au cinéma, d’écrire dans les journaux, des respirer et de contaminer l’atmosphère avec leurs pensées petites et rapetissantes. Bien sûr que dans un sens Björk est petite et faible et qu’on a envie de la prendre dans les bras pour la protéger et avoir pitié d’elle. Elle appartient à cette espèce d’être humains qui dès le départ dans la vie ont « tout faux ». Rien de bon ne peut jamais leur arriver. Mais si Björk n’était que ça, elle ne nous fascinerait pas. Ce qui transforme le mélodrame en tragédie est la volonté indestructible de Björk, la force surhumaine qui la pousse à poursuivre son chemin au travers du monde comme une lame aiguisée tranche dans la chair molle et avariée du quotidien… Jusqu’à ce qu’elle heurte le roc du réel. Les femmes de Lars von Trier ne sont pas faibles, non, mais elles ont la dureté du verre qui demeure inaltérable jusqu’à ce qu’il brise.</p>
<p>Mais on ne fait pas un vraiment grand film sans se mêler un peu de problème techniques. Comme en littérature, Kafka ne laisse pas la structure romanesque intacte ou Céline la forme du langage. Les séquences narratives de Dancer in the Dark sont filmées à la façon du cinéma vérité. Je ne sais pas si vous avez vu The Blair Project. Eh bien, il y a quelque chose du Blair Project dans la façon presque amateur dont on capte les personnages dans leurs dialogues, leurs hésitations ne sont pas masquées, les visages ne sont pas maquillés. Quand vous verrez les doigts de Björk, vous remarquerez en passant qu&#8217;elle se ronge les ongles. L&#8217;image cahotante devient parfois floue. On a peur. Est-ce que ça va devenir un tic pour nous faire partager la cécité croissante du personnage principal? Mais non, c&#8217;est juste filmé un instant hors focus et la caméra rattrape son personnage au bord de l&#8217;écran au moment où elle allait le perdre. Mais l&#8217;amateurisme n&#8217;est pas exagéré. Juste assez pour faire sentir que les personnages – surtout Björk – ne jouent pas. Ils ne sont pas non plus des gens ordinaires. Ils sont la nécessité du mythe qui s&#8217;incarne devant nos yeux.</p>
<p>Au contraire, les scènes de chorégraphie sont filmées avec le tout dernier cri de la technologie disponible. Il paraît que le réalisateur Lars von Trier a fixé une centaine de caméras fixes autour du plateau pour capter tous les mouvements et tous les angles de la chorégraphie. Sorte de prétention à un cinéma total – même si illusoire puisque le montage final renvoie quand même à la volonté individuelle du réalisateur. Mais ça lui a évité de rejouer 15 fois la même scène et de perdre la spontanéité du jeu. Cette perfection cinématographique de la chorégraphie provoque donc un contraste avec l&#8217;à peu près des scènes narratives. Pourtant, ce contraste ne choque pas. Encore une fois, il faut souligner que ce n&#8217;est pas une rupture, c&#8217;est un épanouissement. Les personnages mal fagotés et mal à l&#8217;aise dans leur peau s&#8217;épanouissent et s&#8217;illuminent. La technologie ne fait que souligner cette vérité qui se révèle soudain dans les êtres humains qui s&#8217;accomplissent devant nous.</p>
<p>Ainsi, la scène du train, quand Björk trace des idéogrammes dans le ciel, est inspirée par la grâce. On est au niveau du meilleur Chaplin, Les Temps modernes, vous savez la danse en patins à roulettes au bord de la mezzanine… Il faut revoir et revoir encore le film pour passer au-delà de l&#8217;émotion initiale et vivre la passion de Björk comme une prière à la vie. La rencontre Lars Von Trier &#8211; Björk a produit une illumination que nous ne sommes pas prêts d&#8217;oublier.</p>
<p>Je vous le dis, jetez votre ordinateur par la fenêtre, quittez votre bureau et courez au cinéma le plus proche. Pour ma part, j&#8217;y retournerai certainement dans les prochains jours. Il faut absolument que je revive cette passion tragique qui projette le destin individuel contre le monde. Parce que le film est une progression diaboliquement efficace depuis les premières chorégraphies dans l&#8217;usine ou sur la voie ferrée, où les symboles de la vielle civilisation industrielle sont magnifiés pour créer une symphonie somptueuse, jusqu&#8217;aux dernières, où la chorégraphie se simplifie, se réduit, se rétrécit jusqu&#8217;à se fondre dans la trame narrative. Quand s&#8217;accomplit l&#8217;ultime marche à la mort, ce qui subsiste de chorégraphie est presque complètement intégré dans la narration. La poésie a rejoint la vie au moment où celle-ci s&#8217;abolit.</p>
<p>Au début du film, je pensais parfois à West Side Story, une des rares grandes comédies musicales que j&#8217;avais aimée – sans doute pour les mêmes raisons: elle avait réussi à intégrer la chorégraphie dans une trame narrative cohérente. Mais au fur et à mesure que le film avançait, j&#8217;en oubliais West Side Story. Et maintenant, avec le recul d&#8217;une nuit, je me demande bien si Dancer in the Dark n&#8217;est pas infiniment supérieur à tout ce qui existe d&#8217;autre en matière de comédie musicale. Mais peut-être que je me laisse emporter par l&#8217;heureuse surprise d&#8217;hier soir. Peut-être ai-je encore les yeux collés sur l&#8217;émerveillement et que mon opinion est toute biaisée. Peut-être&#8230; Quoiqu&#8217;il en soit, Lars von Trier et Björk ont réussi un film qui ne peut pas laisser indifférent.</p>
<p>Mais quand on sait les difficultés de tournage, les conflits entre le réalisateur et l&#8217;actrice-compositrice, on réalise combien la réussite en matière cinématographique ne peut qu’être le fruit du hasard. Si Lars von Trier avait fait ce qu&#8217;il voulait réellement, le film aurait-il été si parfait? Si Björk avait eu gain de cause, la magie fonctionnerait-elle aussi efficacement? Oui, il y a au départ une idée de génie, la rencontre de deux immenses talents, mais la réussite est encore au-delà. Dans ces parts de labeur et de hasard qui se mélangent dans un rapport secret pour donner une œuvre d&#8217;art.</p>
<p>Il est toujours surprenant de constater comment une grande oeuvre permet de réfléchir, d&#8217;aller plus loin, de s&#8217;agrandir.</p>
<p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-5-dancer-in-the-dark-2000-10-13/">Humeur 5: Dancer in the Dark-(2000-10-13)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></content:encoded>
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		<title>Humeur 4: Je n&#8217;ai plus d&#8217;amis-(1998-03-29)</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Mar 2012 10:51:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Humeur]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>Je n&#8217;ai plus d&#8217;amis — Ah, mon vieux, quelle semaine! Le téléphone n&#8217;a pas arrêté. Pas une minute à moi. Impossible de t&#8217;appeler. Il faudrait que les journées aient 48 heures. Je n&#8217;ai même pas pu penser à ton histoire… Il va falloir qu&#8217;on se reprenne. La semaine prochaine sera plus calme. Oui c&#8217;est ça, [...]</p><p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-4-je-nai-plus-damis-1998-03-29/">Humeur 4: Je n&#8217;ai plus d&#8217;amis-(1998-03-29)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #3366ff;">Je n&#8217;ai plus d&#8217;amis</span></h1>
<p>— Ah, mon vieux, quelle semaine! Le téléphone n&#8217;a pas arrêté. Pas une minute à moi. Impossible de t&#8217;appeler. Il faudrait que les journées aient 48 heures. Je n&#8217;ai même pas pu penser à ton histoire… Il va falloir qu&#8217;on se reprenne. La semaine prochaine sera plus calme. Oui c&#8217;est ça, on se téléphone.<span id="more-144"></span></p>
<p>Voilà bien l&#8217;insulte suprême de notre époque: je n&#8217;ai pas le temps. Cela veut dire: je n&#8217;ai pas le temps de penser à toi. Je n&#8217;ai pas de temps à te consacrer. Il y a tellement de choses plus urgentes à faire: mon travail, mon patron, mes clients. Bref, tu ne m&#8217;intéresses pas. Je ne vais quand même pas risquer de rater un coup de téléphone pour bavarder avec toi. J&#8217;ai des affaires sérieuses à régler, moi. On me relance à toute heure du jour et de la nuit. Je suis débordé. Je suis important. Très important… Tandis que toi, tu es un souvenir des années de collège, un compagnon des virées nocturnes, un confident des heures difficiles, parfois même un camarade de travail, mais il y a si longtemps, à l&#8217;époque où on avait le temps de prendre un verre au sortir du boulot, on n&#8217;était pas si pressé, la vie n&#8217;était pas la même, alors tu comprends aujourd&#8217;hui, quand tu me relances, tout cela apparaît si lointain, si insignifiant, à peine réel… Un ami! Qui a du temps à perdre avec un ami? D&#8217;ailleurs, il faudrait plutôt dire &laquo;&nbsp;un ancien ami&nbsp;&raquo;, un être sans influence sur mon avenir professionnel, je ne suis pas un nostalgique, moi, un neurasthénique, je n&#8217;ai pas de temps à perdre avec des sentiments malsains… Allons, ouste, du vent! Que le diable emporte l&#8217;importun et revenons aux affaires qui en valent la peine: mon travail, mes rendez-vous, mes échéances…</p>
<p>&nbsp;</p>
<h2><span style="color: #3366ff;">Les machines à économiser du temps</span></h2>
<p>Pourtant toute la société est organisée pour économiser du temps. Le téléphone, la voiture, les autoroutes, l&#8217;avion ont été inventés pour aller plus vite. Puis, comme on a eu peur de perdre du temps, on a mis des téléphones dans les voitures et les avions, on en transporte dans sa poche qui sonnent, qui s&#8217;allument, qui vibrent. Le fax a remplacé la poste, et puis le courrier électronique. Avant, on recevait une lettre. On décachetait, on lisait, on posait la lettre sur son bureau, on la montrait aux collègues, quand c&#8217;était important, au patron, mais pas toujours. Le lendemain, on griffonnait un brouillon, la secrétaire le tapait à la machine, on relisait le projet de lettre, parfois même on le faisait approuver, et la réponse pouvait enfin partir. L&#8217;échange avait duré une semaine. Avec le courrier électronique, il suffit d&#8217;appuyer sur le bouton «reply» et on se trouve contraint de réagir, avant même que l&#8217;on ait compris de quoi il s&#8217;agissait, la réponse est partie avec copie à la liste préprogrammée de l&#8217;entreprise. Tant pis pour ceux que ça n&#8217;intéresse pas. Ils n&#8217;ont qu&#8217;à jeter le message. Le texte est parti à New York, Paris, Genève. Oh, pas de la grande littérature, juste une note télégraphique, avec des fautes de frappe, mais je ne suis pas sténodactylo quand même, l&#8217;essentiel est que mon correspondant à Mexico puisse prendre connaissance de ma réponse sur-le-champ. Pas demain, pas dans une heure, tout de suite. Bon, et si malgré tout cela, il subsiste un malentendu — vous savez, ces fameuses distances culturelles qui déforment tout — il y a l&#8217;avion. Paris après tout n&#8217;est qu&#8217;à six heures de Montréal.</p>
<p>Avec toutes ces grandes machines à économiser du temps, il était prévisible que l&#8217;homme contemporain ait de nouvelles plages de loisir. Les longues soirées d&#8217;hiver enfin libérées des contraintes de l&#8217;ère industrielle peuvent être consacrées à la lecture ou au théâtre, aux rencontres d&#8217;amis, les cafés débordent de ces nouveaux oisifs que les technologies de l&#8217;information et du transport ont dégagés des routines abrutissantes du passé. On travaille à la maison aussi bien qu&#8217;au bureau. La fatalité des heures passées dans les embouteillages a disparu. Le cadre moderne travaille au bord de sa piscine, son ordinateur portable à côté d&#8217;un lait-grenadine, relié par cellulaire au reste de l&#8217;humanité, à l&#8217;heure qu&#8217;il choisit et s&#8217;il a envie de passer la journée en maillot de bain, personne au monde ne l&#8217;y empêchera. L&#8217;homme a retrouvé la nature, un rythme de vie naturel, il peut intégrer sa vie professionnelle dans sa vie privée, s&#8217;occuper de sa famille sans abandonner ses obligations extérieures. Pendant des siècles, les lieux de résidence et de travail ne faisaient qu&#8217;un. L&#8217;homme et la femme vivaient et travaillaient ensemble aux champs ou dans l’échoppe. Eh bien! les nouvelles technologies permettent de retrouver cette harmonie passée. La famille et le travail sont enfin réunis sous le même toit comme dans les grandes civilisations agraires. Le cauchemar des existences morcelées et des couples éclatés peut enfin disparaître au profit de cette nouvelle civilisation du loisir et du travail librement consenti…</p>
<p>&nbsp;</p>
<h2><span style="color: #3366ff;">Conclusion : tout le monde a le temps!</span></h2>
<p>Ah, que plus jamais personne ne vienne me dire qu&#8217;il n&#8217;a pas le temps de rêver à l&#8217;art, aux femmes, à l&#8217;existence de Dieu, ou plus simplement au dernier match de foot. Tout le monde, absolument tout le monde a le temps. On trouve du temps pour aller à des réunions, déjeuner avec des clients, éplucher un dossier, classer des papiers, répondre au téléphone, aller à la banque, payer ses impôts et même lire le journal, jouer au golfe ou regarder la télévision. J&#8217;en connais même qui trouvent le moyen d&#8217;avoir un deuxième boulot le soir, de faire de la consultation, des traductions, de la lecture d&#8217;épreuves, pour arrondir leurs fins de mois. Une vie dure 70 ou 80 ans. Il y a plein de recoins cachés où viennent se nicher les pépites dorées du bonheur d&#8217;exister. Il suffit de suivre les nuages, les grands nuages fous qui galopent au gré des vents. Je respire à grands poumons et me dissous dans l&#8217;air du temps qui coule docile entre mes doigts volages. J&#8217;aurais toujours le temps de répondre à l&#8217;ami qui appelle pour demander comment ça va, ma famille, mon chat, le dernier livre de V.S. Naipaul ou ce film bizarre de Mathieu Kassovitz. Je prête une oreille attentive à cette voix distraite et familière qui me parle de ma jeunesse, mes escapades, mes amours. La voix d&#8217;un ami est plus précieuse que n&#8217;importe quel collègue, client ou patron. L&#8217;amitié est ma priorité, ma religion, mon fanatisme. C&#8217;est si rare, l&#8217;amitié. Avez-vous remarqué combien les vrais amis disparaissent au fil des années? Pour ma part, c&#8217;est bien simple, je n&#8217;ai plus aucun ami. C&#8217;est bien pratique. Ça me donne plein de temps libre.<br />
&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p>[2] «Asia&#8217;s spreading shadow», The Economist, 1er novembre 1997.</p>
<p>[3] Un trillion vaut un million de billions et un billion vaut un million de millions. Ou encore, un trillion vaut 1018. «World Telecommunications Development Report», International Telecommunications Union (ITU), Genève 1995, «Overview», http://itu.int/ti/wdtr95/</p>
<p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-4-je-nai-plus-damis-1998-03-29/">Humeur 4: Je n&#8217;ai plus d&#8217;amis-(1998-03-29)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></content:encoded>
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		<title>Humeur 3: L&#8217;État asservi au capital-(1998-01-17)</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Mar 2012 10:51:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Humeur]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>L’état asservi au capital Devant la Bourse de Montréal, une chaîne humaine composée de femmes brandit des pancartes «pour dénoncer la lutte aveugle au déficit par les gouvernements.»[1] La Centrale des syndicats nationaux (CSN) affirme que le gouvernement «finance sa lutte au déficit fédéral à même les cotisations des travailleurs à l&#8217;assurance-emploi.»[2] Plus sérieusement, le [...]</p><p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-3-letat-asservi-au-capital-1998-01-17/">Humeur 3: L&#8217;État asservi au capital-(1998-01-17)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #3366ff;">L’état asservi au capital</span></h1>
<p>Devant la Bourse de Montréal, une chaîne humaine composée de femmes brandit des pancartes «pour dénoncer la lutte aveugle au déficit par les gouvernements.»[1] La Centrale des syndicats nationaux (CSN) affirme que le gouvernement «finance sa lutte au déficit fédéral à même les cotisations des travailleurs à l&#8217;assurance-emploi.»[2] Plus sérieusement, le «Monde diplomatique»<span id="more-141"></span> affirme que «l&#8217;assainissement des finances publiques &#8212; autrement dit, le strict plafonnement des déficits, critère emblématique du traité de Maastricht &#8212; justifie les cures d&#8217;austérité à répétition et conduit à des situations sociales explosives.»[3]</p>
<p>&nbsp;</p>
<h2><span style="color: #3366ff;">La gauche se trompe</span></h2>
<p>Dans le monde entier, tout ce qui pense à gauche critique la politique de lutte au déficit menée par les gouvernements des pays industrialisés. Il faut que l&#8217;État investisse dans la relance économique et dans la création d&#8217;emploi au risque de s&#8217;endetter d&#8217;avantage. Ceux qui refusent cette profession de foi sont des renégats, des valets serviles du grand capital. Le théoricien de la CSN évoque avec un trémolo sous sa plume cette idée «qui nous a fait tant de mal, que nous sommes trop petits pour rêver, trop faibles pour décider, trop pauvres pour avoir des idées.»[4]<br />
Tous ces adversaires de la lutte au déficit budgétaire justifient leur position au nom de l&#8217;indépendance de l&#8217;État vis-à-vis des marchés financiers qui sont accusés de tous les maux. «En renonçant à la fonction régulatrice des politiques budgétaires, pontifie le théoricien du Monde diplomatique, les États abandonnent aux marchés l&#8217;un des instruments privilégiés de l&#8217;action publique, de la lutte contre les inégalités et un attribut de leur souveraineté.»[5] «S&#8217;interdire d&#8217;agir sur notre destin collectif tant que nous n&#8217;aurons pas satisfait aux diktats des maisons de crédit américaines…», renchérit le syndicaliste québécois.</p>
<p>Une fois de plus, la gauche a tort. Elle a évidemment tort en fonction des critères financiers qu&#8217;elle récuse. Mais il y a plus grave. Elle a tort en fonction de ses propres valeurs. En effet, que veut la gauche sinon un État fort pour protéger les plus démunis contre la rapacité des puissants? Or que fait la gauche en multipliant les dépenses dans des programmes sociaux sans égard aux équilibres budgétaires? Elle place les États sous la coupe des «golden boys» de Wall Street.</p>
<h2><span style="color: #3366ff;">L&#8217;État à genoux</span></h2>
<p>En effet quand le ratio de la dette de l&#8217;État par rapport au PIB est proche de 120% en Belgique, 61% en Allemagne, 75% au Canada, il est fatal que la marge de manœuvre des gouvernements débiteurs soit réduite au profit de celle des organismes prêteurs &#8212; institutions financières et fonds de pension. Et ce pouvoir des prêteurs est concentré dans les mains de quelques firmes d&#8217;établissement de cotes de crédit situées à Wall Street: Standard and Poor, Salomon Brothers, etc.</p>
<p>Ces firmes ont le pouvoir d&#8217;augmenter ou de soulager le fardeau de la dette en abaissant ou en rehaussant la cote d&#8217;un pays. Ainsi, chaque budget bien sûr, mais aussi les lois et les mesures sociales les plus intimes à un pays, sont analysés, soupesés, évalués à l&#8217;aune de l&#8217;orthodoxie financière la plus désincarnée en fonction de l&#8217;établissement de la sacro-sainte cote: entre AAA+ le paradis et BBB- l&#8217;enfer, la fermeture du crédit, la mise en tutelle par le Fonds monétaire international.</p>
<h2><span style="color: #3366ff;">La secte financière</span></h2>
<p>Ainsi l&#8217;État endetté se retrouve à la merci directe de financiers irresponsables, élus par personne, parfaitement inconnus du public, anonymes sauf quand ils se font épingler pour délit d&#8217;initiés ou fraude fiscale. Une petite secte autoproclamée fixe le prix de l&#8217;argent pour les États (et les emprunteurs privés) au nom des très objectives lois du marché… Mais ces financiers sont tous Américains, ils parlent anglais et ont pour unique objectif la santé financière de leur firme.</p>
<p>Quelle est la valeur ajoutée de ces firmes d&#8217;établissement de crédit? Zéro. Ce qu&#8217;elles appellent orthodoxie financière est de la «simple» confiance. Ce qu&#8217;elles appellent risque n&#8217;est autre chose que de la peur. Connaissez-vous quelque chose de plus subjectif, psychologique et culturel que la confiance et la peur? J&#8217;ai confiance dans ce que je connais, ma famille, mon patelin, mon curé ou peut-être mon médecin de famille. J&#8217;ai peur de l&#8217;inconnu, l&#8217;incompréhensible, le nouveau et l&#8217;étranger, bref, le métèque. Tous les pays endettés du monde sont sommés de se mettre au garde-à-vous devant les valeurs dominantes des «golden boys».</p>
<h2><span style="color: #3366ff;">Pour la libération de l&#8217;État</span></h2>
<p>Pour retrouver son rôle régalien, l&#8217;État doit s&#8217;affranchir de cette dépendance contre nature à l&#8217;égard des parasites financiers. La réduction de la dette est le premier pas vers la libération de l&#8217;État. Mais ce n&#8217;est pas suffisant. Il importe de remettre au pas ces marchand de confiance et ces colporteurs de peur. Une nouvelle coordination internationale doit être mise sur pied pour imposer des critères financiers indépendants des spéculateurs (dont la taxe Tobin est un exemple parmi tant d&#8217;autres). Mais cette œuvre ne sera pas le fruit d&#8217;États aux abois. Elle nécessite des États souverains affranchis de leur dette, en particulier la dette extérieure.[6]</p>
<p>Pour sauver la collectivité nationale, il faut la libérer de la servitude à l&#8217;égard des parasites financiers. Mais cela ne revient pas à faire l&#8217;éloge des politiques d&#8217;interventions étatiques coûteuses et néfastes qui ont fait tant de tort à l&#8217;État dans le passé. Il faut que l&#8217;État de demain soit repensé entièrement et recentré vers ce qui constitue son activité centrale: la gestion de l&#8217;information.</p>
<p>[1] Thérèse Jean, Nouvelles CSN, 8 mars 1997. http://www.csn.qc.ca/Pageshtml7/8mars97.html</p>
<p>[2] Paul Martin est ministre des finances du Canada. Billet de Michel Rioux, Le syndrome de Mi Lay, 28 février 1997, CSN. http://www.csn.qc.ca/Pageshtml6/Billet421.html</p>
<p>[3] Dominique Garabiol, «Vive le déficit budgétaire !» Le Monde diplomatique, septembre 1997.</p>
<p>[4] Billet de Michel Rioux, idem.</p>
<p>[5] Dominique Garabiol, idem.</p>
<p>[6] Contrairement à ce qu&#8217;écrit le théoricien du Monde diplomatique, il n&#8217;y a pas de bonne dette publique. La dette intérieure ne comporte pas de dépendance directe vis-à-vis des marchés internationaux. Mais les «golden boys» locaux n&#8217;en sont pas moins tributaires des marchés internationaux et n&#8217;hésiteront pas à faire payer le gros prix à l&#8217;État débiteur. En outre, le service de la dette pour être circonscrit à des institutions nationales, n&#8217;en étouffe pas moins les comptes publics. Quand 30, voire 40% des entrées fiscales servent à payer le service de la dette, où est la marge de manœuvre de l&#8217;État?</p>
<p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-3-letat-asservi-au-capital-1998-01-17/">Humeur 3: L&#8217;État asservi au capital-(1998-01-17)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></content:encoded>
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		<title>Humeur 2: L&#8217;information sans contenu-(1997-11-09)</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Mar 2012 10:50:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Humeur]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>L&#8217;information sans contenu &#160; Le Gouvernement américain annonce que le taux de chômage a baissé d&#8217;un demi-point aux États-Unis. C&#8217;est une bonne nouvelle? Pas pour la Bourse qui pique du nez. IBM annonce 120 000 licenciements. C&#8217;est une mauvaise nouvelle? Pas pour la Bourse qui réévalue instantanément les actions du géant de l&#8217;informatique. &#160; Le [...]</p><p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-2-linformation-sans-contenu-1997-11-09/">Humeur 2: L&#8217;information sans contenu-(1997-11-09)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #3366ff;">L&#8217;information sans contenu</span></h1>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le Gouvernement américain annonce que le taux de chômage a baissé d&#8217;un demi-point aux États-Unis. C&#8217;est une bonne nouvelle? Pas pour la Bourse qui pique du nez.<span id="more-138"></span> IBM annonce 120 000 licenciements. C&#8217;est une mauvaise nouvelle? Pas pour la Bourse qui réévalue instantanément les actions du géant de l&#8217;informatique.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h2></h2>
<h2><span style="color: #3366ff;">Le bien c&#8217;est le mal et le mal c&#8217;est le bien</span></h2>
<p>Cette inversion de toutes les valeurs traditionnelles de l&#8217;humanité a au moins un mérite: c&#8217;est d&#8217;être logique. Quand le taux de chômage baisse, les courtiers en valeurs mobilières appréhendent une surchauffe de</p>
<p>l&#8217;économie avec tensions inflationnistes et une hausse du taux d&#8217;escompte par la banque centrale, le tout suscitant un ralentissement économique. Un bien (le plein emploi) engendre un mal (la baisse des valeurs mobilières).</p>
<p>Ainsi, quand IBM met à pied, ce n&#8217;est pas parce que la consommation de biens et services informatiques diminue, c&#8217;est plutôt pour comprimer les dépenses et accroître le taux de profit de l&#8217;entreprise. Un mal (le chômage forcé) engendre un bien (la hausse des valeurs mobilières).</p>
<p>&nbsp;</p>
<h2><span style="color: #3366ff;">Le vrai-faux krach d&#8217;octobre 1997</span></h2>
<p>La semaine du 27 octobre 1997, la chute de la Bourse de Hong Kong a provoqué la dégringolade de Wall Street: moins 554 points en une journée. Toutes les autres places boursières mondiales sans exception ont suivi. Pourquoi? Parce que l&#8217;économie asiatique (principalement la Thaïlande, l&#8217;Indonésie, la Malaisie et les Philippines, mais pas la Chine, pas l&#8217;Inde) fait quelques soubresauts, le reste du monde s&#8217;effondre.</p>
<p>Or, la production totale des pays concernés s&#8217;élève à seulement 7,3% du PIB mondial, leurs exportations à 4,4% des échanges internationaux.[2] Si ces pays disparaissaient dans un vortex, l&#8217;économie mondiale serait à peine affectée. Or, ces pays n&#8217;ont pas disparu, ils ne traversent même pas une crise majeure, tout juste un ralentissement de leur taux de croissance qui oscillait entre 7 et 8% par an.</p>
<h2><span style="color: #3366ff;">L&#8217;humeur des «golden boys»</span></h2>
<p>La réalité est qu&#8217;une poignée de courtiers en valeurs mobilières et agents de change — ou, pour parler le jargon du siècle, les «golden boys» — ont le pouvoir de jouer une monnaie contre une autre, une valeur contre une autre, pour accroître la marge de profit de leurs commettants de quelques centièmes de point. Répercutés sur des milliards de dollars, cela permet d&#8217;accumuler des fortunes en quelques jours.</p>
<p>Rappelons que le montant des transactions monétaires internationales s&#8217;élève à 2,3 trillions de dollars US.[3] À titre de comparaison, le PIB de la France est 1 250 milliards de dollars US. Le Canada, moins de 500 milliards de dollars US. Il n&#8217;y a aucune relation entre l&#8217;économie réelle et les flux financiers. Rien ne peut arrêter les emballements de cette gigantesque horlogerie financière. Ni les États, ni les banques, ni les entreprises. Rien. Si ce ne sont les humeurs des «golden boys».</p>
<p>C&#8217;est ce qui s&#8217;est passé le 27 octobre. Un vent de panique sans rapport avec la situation économique a fait chuter les places financières. Les «golden boys» ont eu le vertige. Ils ont suivi le mouvement. Peut-être, tout simplement s&#8217;ennuyaient-ils. On a eu droit a un peu de sport. Et le lendemain, comme il ne fallait quand même pas tuer la poule aux œufs d&#8217;or, on a requinqué le Dow Jones de 337 points. Une semaine plus tard, la gueule de bois du 27 octobre était oubliée.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h2><span style="color: #3366ff;">L&#8217;effet «Lady Di»</span></h2>
<p>Il ne s&#8217;est donc rien passé. Pendant une semaine, le monde entier a été suspendu aux états d&#8217;âme d&#8217;une clique irresponsable. Les commentateurs économiques évoquaient déjà les fermetures en cascade d&#8217;entreprises et les files de chômeurs devant les bureaux de placement. Mais tout cela était de la frime. Un engouement médiatique analogue en tout point à celui qui avait suivi quelques semaines plus tôt la mort de Lady Diana et de son play-boy égyptien.<br />
Une information entièrement dépourvue de sens circule de plus en plus vite sur les réseaux électroniques qui enserrent la planète et provoque des coups de cœur contradictoires. Un jour, les médias s&#8217;enflamment pour une princesse sans importance. Le lendemain, les bourses s&#8217;effondrent à l&#8217;annonce de la mauvaise performance d&#8217;un petit groupe de pays périphériques.</p>
<p>Est-ce donc cela la société de l&#8217;information? Une information dénuée de tout contenu et manipulée par des fantoches ineptes, incultes et névrosés au nom de la rationalité économique. La «main invisible» d&#8217;Adam Smith n&#8217;est un oripeau idéologique que l&#8217;on agite au-dessus d&#8217;une machine financière déconnectée de la réalité économique qu&#8217;elle est sensée refléter.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p>[2] «Asia&#8217;s spreading shadow», The Economist, 1er novembre 1997.</p>
<p>[3] Un trillion vaut un million de billions et un billion vaut un million de millions. Ou encore, un trillion vaut 1018. «World Telecommunications Development Report», International Telecommunications Union (ITU), Genève 1995, «Overview», http://itu.int/ti/wdtr95/</p>
<p>Cet article <a href="http://rens.ca/2012/humeur-2-linformation-sans-contenu-1997-11-09/">Humeur 2: L&#8217;information sans contenu-(1997-11-09)</a> est apparu en premier sur <a href="http://rens.ca/2012">Jean-Guy Rens, Auteur</a>.</p>]]></content:encoded>
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